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Moi? Lunatique? Sans l'ombre d'un doute ~ Rob Seinfield [Fini !]
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Invité
Jeu 12 Jan - 3:11
Rob Seinfield
Chasseur de primes




Informations générales

Seinfield
Rob
22 ans
Ultarime
Masculin
67 kilos
1m72
Hétérosexuel
Humain
Mort





Informations psychologiques

Hobbys & phobies
Qualités & Défauts


Mon frère a des passe-temps... spéciaux, je dirais. Du moins selon mon point de vue. Cela semble évident que ses hobbies me paraissent étranges, me direz-vous, vu que je ne suis qu'une ombre, mais il faut savoir que j'ai malgré tout ma part d'humanité, moi aussi. Mais peu importe, parlons de mon frère, Rob. Il a une habitude anodine à première vue mais malsaine lorsqu'on en sait plus sur le pourquoi de ce rituel, de s'asseoir face au soleil couchant dans un lieu dégagé, une clairière ou sur une colline, une fois par semaine. Je trouvais ça normal, comme vous, au départ, mais, un beau soir où il profitait ce spectacle, je lui ai demandé pourquoi il faisait ça. Et il m'a confié que c'était une manière de relativiser sur l'horreur de sa situation et de son existence. Il voit le soleil qui se couche, flamboyant et splendide, et ça lui rappelle chaque fois que le monde, malgré tout, peut être beau, peut donner envie de sourire et de vivre, même alors que la nuit commence à s'étendre sur les gens et leurs vies. Ses yeux absorbent cette lueur chaleureuse, et la stockent pour la semaine à venir. C'est sa manière à lui de tenir psychologiquement et de ne pas céder au désespoir que lui inspire notre passé, notre présent, et à la terreur qui s'insuffle en lui lorsque son esprit divague vers les horizons incertains de notre futur. C'est, à ma connaissance, la seule chose qu'il fasse régulièrement, et qu'il aime faire, sans jamais oublier de le faire. Il apprécie évidemment une bonne soirée dans un bar, avec une pinte, un bon repas, et pourquoi pas ensuite la compagnie d'une jolie demoiselle... Mais ce n'est pas un hobby, juste un moyen de profiter de la vie lorsque ses pensées ne sont pas tournées vers la noirceur de notre vie. Ah, oui, pardon: j'oubliais qu'il lui arrivait de divaguer totalement. Il fait alors chanter ses phrases et sonner les mots, et transmet par la parole la douleur de son cœur. C'est étrange, maladroit, mais plutôt joli. Et à vrai dire, ça lui permet de rester calme, alors je ne peux pas m'en plaindre.

Vous l'aurez compris, mon frère est une personne psychologiquement très instable, très faible... Ce qui fait qu'il est effrayé d'un nombre impressionnant de choses, et la liste n'est toujours pas complète, je le crains... Ses plus grandes peurs, cependant, sont dénombrables : il y en a 2, pour être exact. Pour commencer, il a une peur panique, plus qu'irrationnelle, de vivre longtemps. Il n'a pas envie de prolonger son existence, qui est selon lui une abomination qui ne lui apporte que souffrance et affliction, car il veut s'épargner une vie de désolation, et laver le monde de son horrible présence. Et à contrario, sa deuxième phobie entre en paradoxe avec cette première : la mort est quelque chose qui le glace au plus haut point, si bien qu'il ne peut s'empêcher de s'enfermer dans une chambre ou une pièce de ce genre pendant plusieurs jours chaque fois qu'il s'imagine les tourments infinis qui l'attendent au-delà du Dernier Voyage. Il n'a de cesse de croire que la malédiction qui nous frappe sera perpétuée dans l'Autre Monde, et que notre mort viendrait à nous jeter tête la première dans un gouffre sans fin qui serait notre ultime demeure, et aussi le lieu de notre torture éternelle. Ce paradoxe d'angoisses le ronge et le détruit à petit feu, sans qu'il ne puisse y faire quoi que ce soit, car il est piégé dans un cercle sans fin, dont il ne peut se sortir, dont je ne peux le sortir...

Quant à moi? Eh bien... Je suis une ombre, je n'ai donc pas de passe-temps, pas vraiment en tout cas. Même lorsque j'enveloppe le corps de mon frère, je ne fais rien de spécial, rien qui soit une habitude. Excepté peut-être le meurtre: je prends souvent le contrôle lorsque Rob est en danger, ou qu'il ne se sent pas capable d'achever quelqu'un que nous avons pourtant comme cible d'un contrat (ce qui arrive souvent, soit dit en passant). Dans les deux cas, cela se conclut de la même manière: je dois l'aider, le soutenir, le protéger, alors je tue. C'est mon seul hobby. Et je n'ai pas vraiment de peurs. Je ne suis même pas sûr de savoir ce qu'est la peur.
Rob est altruiste. C'est là sa seule qualité, je crois. Ou du moins la plus grande. En revanche, ses défauts sont bien plus nombreux... Il est pessimiste à l'extrême, solitaire, instable, chouineur... Et j'en passe et des meilleures.

Pour ce qui est de mon cas, je crois que je ne dispose que d'une qualité, dont découle ma principale tare: je suis extrêmement protecteur envers Rob. Quiconque tente d'attenter à sa vie ou de le manipuler, ou de lui faire du mal d'une quelconque manière que ce soit, devra subir ma colère, mon jugement. C'est de là que vient mon plus gros défaut, qui est ma violence. Je suis très belliqueux. Le meurtre est pour moi quelque chose d'aussi naturel que manger. C'est presque un besoin, qui peut se canaliser grâce à la protection que je dois exercer envers mon frère, qui est si faible et fragile.





Magie et arme

Magie
Arme


Nom de votre magie : Anam Dorcha
À cause de la malédiction que nous avons subi, mon âme a été liée à celle de mon frère, Rob. Cependant, nous ne pouvions partager le même corps, sans quoi nos âmes auraient cherché chacune à éliminer l'autre, qui aurait été perçue comme un parasite à exterminer à tout prix. De ce fait, mon âme a été mêlée à l'ombre de Rob, provoquant la réactivation d'une magie que notre lignée n'avait pas connu depuis si longtemps que les ancêtres de nos ancêtres eux-mêmes n'en avaient entendu que des légendes. Ainsi mon frère est désormais capable de manier la magie perdue des ombres, qu'il a nommé Anam Dorcha, qui signifie Âme Sombre dans la langue de nos Grands Anciens.

J'avoue ne pas être très au courant des différentes manifestations ou usages de cette magie, mais de ce que je sais, mon frère est capable de discuter mentalement avec moi, qui ne suis pourtant qu'une ombre ; il peut aussi m'insuffler du pouvoir, en me laissant moi-même manipuler l'ombre que je suis. Plus la pénombre est grande, plus je suis puissant, car les ténèbres sont mon environnement favori, et à contrario, plus la lumière est forte, plus je suis faible. Ainsi, dans la lumière, je ne peux presque rien faire pour lui... Alors que, si la pénombre grandit, notamment la nuit, je peux aller jusqu'à envelopper l'intégralité du corps de Rob, et prendre une apparence humaine, comme une seconde peau par dessus mon frère, comme si j'avais... mon propre corps, mon corps à moi. Pendant ces moments, je peux modeler l'ombre que je suis à ma guise : généralement, pour le combat, je transforme l'ombre qui entoure le bras de Rob en lame d'ombres, qui est, contrairement à ce qu'on pourrait croire, extrêmement bien aiguisée et très tranchante.

En outre, Rob me permet, grâce à sa magie, d'être plus qu'une conscience dans une ombre. Je suis un être à part entière, malgré que je n'ai pas véritablement de corps physique, ce qui me protège de la dégénérescence qu'est la vieillesse, ou des blessures... Mais la vérité, c'est que mon frère se sacrifie pour moi. La magie perdue, quelle qu'elle soit, est, comme vous le savez sûrement déjà, une magie extrêmement puissante et terriblement destructrice lorsqu'elle n'est pas bien contrôlée. Encore plus lorsqu'elle se déclenche dans un bébé tout juste né. Depuis sa naissance, mon frère doit vivre avec une ombre chargée d'une conscience, et avec un pouvoir magique tellement grand qu'il le dévore de l'intérieur, tel un feu monumental et impossible à arrêter, qui est apparemment lui aussi doté d'une sorte d'intelligence propre... Il est de base fragile, émotionnellement parlant, mais, pour me permettre de subsister, pour me permettre de garder mon âme liée à son ombre, il se laisse détruire par cette magie. Elle est... monstrueuse.

Lorsque j'enveloppe le corps de Rob, il n'est plus capable de parler avec moi autrement que mentalement. J'entends normalement toujours sa voix. Mais... Mais lorsque la nuit embrasse le monde ou que l'obscurité dresse son manteau sur toutes choses, je ne peux lutter contre cette magie. J'enveloppe Rob, mais je ne l'entends plus. Je ne me contrôle presque plus. Je deviens bien plus sanguinaire qu'à l'accoutumée, et ma violence prend une tournure extrême, cruelle. Je perds les pédales, et je tente par la force d'envelopper Rob pour prendre le contrôle et étancher cette soif de sang qui me dicte mes actes. C'est une magie bien trop complexe pour nous, c'est notre fardeau, notre malédiction.
Je n'ai personnellement pas besoin d'arme, et je pense que mon frère non plus ne devrait pas en avoir besoin, étant donné que, si je peux modeler les ombres pour en faire des armes, il devrait lui aussi en être capable. Mais il préfère avoir avec lui, dans son fourreau, attachée à sa ceinture, une rapière assez simple dans sa réalisation : le pommeau est une petite boule en métal gravée de nos initiales, R&AS ; le manche est couvert d'un joli velours bleu nuit agrémenté d'un liseret de fil d'argent ; la garde est faite d'une petite coque, une demi-sphère de métal sans ornements aucuns, mais qui offre l'heureuse protection de la main qu'elle est censée prodiguer. Enfin, la lame est longue, fine, et très bien affûtée. Légère, habile et rapide, c'est une bonne épée pour le combat rapide, les coups en traitre ou les attaques vives; si bien que, malgré sa faible constitution physique et musculaire, Rob peut s'en servir aisément pour combattre sans forcément avoir à révéler ses pouvoirs magiques. Je pense d'ailleurs que c'est la principale raison de la présence de cette épée : dissuader les gens qui voudraient l'attaquer. Après tout, qui serait assez stupide pour se balader sans arme, par les temps qui courent ? Avec cette épée, il s'assure que les gens savent qu'ils devront répondre de leurs actes s'ils tentent de s'attaquer à lui. C'est un agneau certes, mais il sait comment se faire passer pour un loup, même lorsqu'il est au beau milieu de ces prédateurs.

Que...?

Laisse-moi parler!

Rob? Tu... Non, laisse moi finir, Rob, je m'en occ...

Non, laisse-moi continuer, Aka!

Très bien... Je vous laisse, mon frère veut prendre la suite. Je retourne là où est ma place, parmi les ombres. À bientôt.





Description mentale

Ah, qu'il est bon de retrouver son corps, après la léthargie constante que m'imposent ces ombres... Pardonnez mon entrée... théâtrale. Je suis Rob, le frère d'Aka, l'ombre à qui vous avez parlé jusqu'à présent. Il cherche toujours à me protéger, mais je peux me gérer seul, de temps en temps, et je crois qu'actuellement j'en suis capable. Il est temps que la parole me revienne, et que les secrets de notre vie vous soient révélés par mon biais.

Je suis un garçon assez faible mentalement, je dois malheureusement lui concéder cette vérité. J'ai beau chercher des excuses, des moyens de tenir, des soutiens psychologiques, tout me ramène toujours aux horreurs de mon passé, et à la dure réalité de ma monstruosité actuelle, qui m'empêche de maintenir un sourire permanent. Oui, je vis un masque figé sur le visage. Pas un masque de joie, un masque d'indifférence. Mon âme hurle constamment à la mort, tant qu'elle pourrait déchirer ma peau pour s'échapper et fuir ce corps honteux qui est le mien. Alors je cache ma souffrance, aux gens qui ne comprendraient sûrement pas, ou qui pourraient essayer d'en tirer profit. Je parais ennuyé, désintéressé, blasé, en permanence, pour que l'on ne s'approche pas de moi, qu'on ne s'intéresse pas à l'histoire de ce type bizarre, assis dans un coin reculé de la taverne ou du bar. Qu'on me laisse en paix. Je suis un jeune homme altruiste, j'aime aider les autres, mais... je ne peux jamais le faire, aussi bien parce que je ne veux pas qu'ils en apprennent plus sur moi qu'à cause de mon frère. Aka, tout suspicieux des autres qu'il est, en raison de notre passé, a peur qu'ils abusent de moi, alors il m'empêche en quelque sorte d'approcher d'autres personnes. Il me protège, n'est-ce pas? Ce n'est que pour me protéger. Aka s'assure que je vais bien, car je suis trop faible pour survivre dans ce monde. Il est certes... Coléreux, impulsif, voire excessif... Mais ce n'est que l'expression logique de la méfiance d'un homme pour son frère déséquilibré, nerveux et cafardeux.

Il faut bien le reconnaître, je n'ai pas sa force de volonté et son caractère, ni sa capacité à gérer le choc de la violence et de la mort. Il est droit, fier et puissant, et je ne suis qu'un cafard qui le loge. Mon existence est une blague, il devrait être à ma place. Il n'aurait plus besoin d'être rancunier ou parfois même sadique envers ceux qui me tournent autour. Moi, je n'aurais plus à exister, à lui faire supporter ce frère lâche, ce boulet constant, ce fardeau de négativité, d'émotivité... de folie.

Être vivant dans l'ombre d'une ombre,
Consumé par son propre isolement;
Seul, il s'aliène, succombe et sombre,
Seul, il subit à jamais les mêmes tourments.




Description physique

Ah oui, l'apparence... Vous le savez déjà, mais mon frère et moi avons chacun une apparence différente. Pour ma part, je suis un garçon de taille moyenne, d'une corpulence assez mince, si bien que je ne saurais effrayer quiconque avec ma carrure. Bien que je sois souvent encapuchonné pour rester discret dans la foule, si vous veniez à me regarder de plus près, vous verriez un visage aux joues relativement creusées et au teint blafard. Cette apparence de déterré n'est en rien arrangée par mes grands yeux brun clair qui sont soulignés par les preuves irréfutables de mes troubles du sommeil: mes cernes. D'après ce que l'on m'a raconté, il paraît que j'avais autrefois les cheveux d'une jolie teinte beige, semblable à celle du coton qui n'a pas encore été récolté. Cependant, cette couleur a changé avec le temps, pour finalement me laisser avec une touffe constamment en pagaille de cheveux noirs de jais. Pourquoi ce changement de couleur? Je ne peux que faire des suppositions à ce sujet, et toutes se tournent vers la magie des ombres qui a élu domicile en moi...

Malgré que je garde une expression fermée, en tout cas le plus possible, il se peut que vous puissiez deviner l'affliction qui me caractérise en me dévisageant. Il est vrai, lorsque je me regarde dans le miroir, que je ressens moi-même à travers ces globes oculaires qui sont les miens l'absence quasi totale de vie en moi. Une jeune fille m'a un jour dit, en me fixant dans les yeux, qu'elle avait l'impression de plonger son regard dans un lac sans fond, sans poissons ni végétation... Dans un corps sans âme.

Aussi, il faut savoir que je ne suis ni fort, ni vif, ni quoi que ce soit de spécial. Je suis aussi faible physiquement que mentalement, et l'épée que je porte à ma ceinture ne m'aide en rien dans les combats, car je ne suis même pas capable de la manier correctement, tant je suis frêle. Ce n'est que bluff et poudre aux yeux, pour intimider et faire croire à de la force et de l'expérience au combat, en priant pour que mon frère prenne le relais si les choses tournent mal.

Ah oui, mon frère, Aka. Il a sa propre apparence, car il peut m'envelopper de l'ombre qu'il est pour prendre le contrôle de mon corps, aussi bien pour le simple plaisir de pouvoir agir comme s'il était un être à part entière que pour me protéger. De ce fait, je n'ai jamais pu le voir de mes propres yeux. La description que je vais vous donner à présent me vient de lui-même, ainsi que de personnes que j'ai interrogées par le passé. Il y a des différences très nettes entre nous, car nous sommes faux jumeaux. Aka est un petit peu plus grand que moi, et plus massif: ses épaules, ses bras, son dos... Sa musculature générale est en fait plus développée que la mienne, même si ce n'est que du vent, car ses muscles ne sont que des ombres, et pas de vrais muscles. Lorsqu'il se bat, c'est mon corps qu'il utilise et qu'il booste grâce aux ombres qui l'enveloppent, pas le sien.

Mais, au delà de cette illusion de corpulence, mon frère a un visage bien à lui. Pour commencer, il n'y a aucune tare de mon faciès dans son visage: il est bien proportionné, avec une mâchoire carrée, un nez aquilin et une bouche d'une finesse exquise. Ensuite, on se doit de souligner que cette beauté incroyable est merveilleusement bien encadrée par des cheveux plus longs que les miens, colorés comme le bleu de la nuit naissante, mais tout aussi ébouriffés. Enfin, il faut que vous vous attardiez sur ses yeux, qui sont, apparemment, des gouffres dont on ne peut se détacher. Ces deux iris sont d'une splendide teinte rouge sang, la même que celle dont je me retrouve couvert lorsqu'il prend le contrôle pour me protéger de gens mal intentionnés. Son regard de braise m'a été décrit comme le plus grand mystère qu'une personne pouvait porter sur sa figure: "comment peut-on avoir les yeux couleur feu des enfers, et le regard chargé du blizzard le plus ravageur?" m'a-t-on dit.

Aussi, il m'a confié que, lorsque la magie prenait le dessus et écrasait sa volonté pour le forcer à libérer la noirceur de son âme, il avait remarqué qu'il était plus grand et plus massif encore qu'à l'accoutumée, et que ses yeux le piquaient étrangement et que sa vision lui semblait être moins nette... "Comme si," m'a-t-il dit, "les ombres venaient s'imprégner jusque dans ma vue".




Le sombre passé de Rob

Arcadia, 594. C'est dans un petit village, situé à quelques kilomètres à peine de l’époustouflante Plage d’Émeraude, que les enfants sont nés. La mère est exténuée par l'effort fourni lors de l'accouchement, et se repose. Le père, quant à lui, court dans la rue, affolé, en larmes. Ses joues sont baignées d'un flot salé qu'il ne peut interrompre, et qui brille dans le soleil cuisant de ce mois d'Opaluth. Il atteint finalement la porte qu'il souhaitait atteindre, et l'ouvre à la volée, sans prendre la peine d'arrêter sa course ou de toquer. C'est à bout de souffle qu'il se présente devant un homme du village qu'il connaît peu, mais qu'il sait doué de capacités magiques dont il est incapable. Entre plusieurs sanglots, le père explique la situation à l'homme au regard froid qui lui fait face, et le supplie de l'aider. Finalement, le silence s'installe. Le père pleure toujours, agenouillé sur le sol de cette pièce à vivre un peu miteuse. Après quelques secondes qui lui semblent une éternité, l'autre homme prend la parole, le regard tourné vers la fenêtre, l'expression fermée :

« Je ne peux t'aider. La magie fonctionne par échanges. Si je veux produire des flammes, je devrais dépenser mon énergie pour convertir la magie en chaleur puis en feu. Il en va de même pour tout. C'est le principe d'échange équivalent. Ce que tu me demande... voudrais dire que je devrais donner mon âme. Je n'ai pas de raisons de ressusciter ton enfant, d'autant qu'il est mort-né. C'est une mort triste mais naturelle, qui lui épargne les souffrances de ce monde. Il est en paix dès maintenant. »

Il s'arrête. Ses paroles raisonnent dans l'air, et martèlent le visage consterné du père. Ses larmes coulent toujours, mais il y a plus. L'Autre le regarde, le fixe, et voit qu'il y a quelque chose d'autre que de la tristesse. Quelque chose qui n'est pas de la colère. C'est de la résignation.

« Oh je vois, » reprend-il, « tu es donc prêt à mourir pour ton enfant ? Prêt à donner ton âme pour lui, que tu ne connais pas, qui pourrait être le pire monstre que les Mondes connaîtront, qui pourrait te haïr à tout jamais ? Tu accepterais de donner ton âme pour la sienne ? »

La tête baissée, le père acquiesce, sans voir la lueur victorieuse qui flashe dans les yeux de l'Autre. Sans un mot de plus, l'Autre se lève et sort. Au moment de passer l'embrasement de la porte, il s'arrête, se retourne et vient jusqu'au père, en lui tendant la main pour l'aider à se relever :

« Je ramène l'âme de ton enfant, et en échange, je prends la tienne, c'est bien ce que tu veux ? Dis-le haut et fort si c'est ce que tu réclame. Je veux t'entendre le dire... »

« … O... Ou... Oui... C'est... C'est ce que je... je souhaite... » dit alors le père en prenant la main tendue vers lui pour se remettre debout.

L'Autre sourit alors largement, malicieusement. Il fait volte-face et s'en va d'un pas décidé vers la maison du père. Il est heureux, son pacte est signé. Leurs mains serrées ont fait acte de signature. Peu lui importe la suite des événements, il a gagné une âme.

Lorsqu'il arrive à la maison des parents, il monte immédiatement à la chambre, suivi du père. Son entrée surprend la dame venue aider pour accoucher la mère, mais elle ne dit mot lorsqu'elle remarque le père qui suit cet homme. Une fois dans la chambre, le père accoure au chevet de sa femme, pour la rassurer, et lui dire qu'il l'aime. Il fait ses adieux. L'Autre trouve cela d'une mièvrerie navrante et vomitive, et préfère fermer la porte, avant d'aller tirer les rideaux, pour finalement se diriger vers les couffins. Dans le premier, un bébé, bien vivant mais chétif ; dans le deuxième, un second bébé, inerte, blafard... mort. Cette vue n'émeut toujours pas l'Autre, dont les yeux se révulsent avant que ses paupières ne se ferment, et que ses lèvres ne se mettent à psalmodier d'une voix rauque toutes sortes de formules incompréhensibles pour les parents. La mère, affolée, demande ce qui se passe. Le père la rassure tant bien que mal, en cherchant à continuer à lui cacher que l'un des nourrissons est décédé. Puis il rejoint l'Autre, se place à côté de lui , tête baissée, et attend. Il attend son moment, lorsque son âme le quittera, pour rejoindre le Royaume des Morts. Il sent la puissance magique de l'homme à ses côtés, il comprend à quel point le procédé est complexe et dangereux grâce à cette puissance qui émane de lui... Puis plus rien.

La déferlante magique se coupe soudainement, et le père rouvre les yeux, pour constater qu'il n'a pas bougé, qu'il n'est pas mort, et que l'enfant, lui, l'est toujours. L'air ahuri, il tourne son visage vers l'Autre, qu'il distingue à côté de lui dans la pénombre, comme pour demander une explication. Et c'est à ce moment qu'il remarque que des ailes sont sorties du dos de l'Autre. De grandes ailes, aux plumes sombres. Ses pupilles, elles, ont viré au rouge vif, si vif qu'il arrive à les discerner parfaitement dans cette obscurité ambiante. La terreur le gagne, et ses jambes cèdent sous lui, incapables de le soutenir plus longtemps, tandis que sa femme pousse un léger cri avant de sombrer dans l'inconscience. Sa bouche s'ouvre et se ferme sans qu'aucun son n'en sorte, et ses yeux restent grands écarquillés face à cette vision d'horreur. L'homme à qui il venait de demander de sauver son enfant se révèle être un démon.

« Tu sembles surpris, humain. N'avais-tu pas compris ? Décidément, votre race est bien la plus insignifiante de toutes... J'ai rappelé l'âme de ton enfant. Il est là, parmi nous, ne vois-tu pas ? »

Le père tourne alors son regard vers le couffin qui contient toujours la dépouille de son fils, sans comprendre.

« Mais non, voyons... Ce corps là est mort. Il lui fallait un corps en vie, en bonne santé. Et je ne pouvais décemment pas t'enlever ton âme pour y mettre la sienne avant que tu n'aies vu que le pacte avait été honoré... Non, non... Une âme, c'est un esprit, une volute de fumée que l'on ne peut saisir. Tu m'as beaucoup demandé, tu sais ? J'ai dû trouver ton fils dans le Royaume des Morts, et ça n'a pas été chose facile. Trouver l'ombre de ton enfant parmi toutes ces ombres ? Quelle tâche ardue... Alors... Je me suis dit... Pourquoi ne pas utiliser le corps de ton fils vivant comme réceptacle ? Après tout, c'est amusant, non ? »

Son sourire s'étire, découvrant ses dents monstrueuses qui retiennent difficilement un rire sadique et moqueur. Le père est médusé. Comment a-t-il pu se laisser abuser ? Comment a-t-il été assez stupide pour penser qu'un mage normal pouvait ressusciter les morts ? Et à présent, que va-t-il se passer ?

« Je ne vais pas prendre ton âme maintenant, mon cher ami. Ce serait bien trop facile, » dit le démon.

Sa main se tend, et son index vient se presser sur le torse du père, au niveau du cœur. Son visage s'approche du sien, et un large sourire démoniaque étire ses lèvres. Il plonge ses yeux dans les siens, et reprend ensuite la parole :

« Vooooooilà, mon ami... Je te laisse ton âme pour le moment. Quand partira-t-elle pour revenir jusqu'à moi ? Tic tac tic tac, personne ne sait ! C'est le jeu de la vie, à tout moment tu peux mourir. Mais tu veux savoir la meilleure partie de ce petit jeu ? C'est que tu vas devoir vivre avec la culpabilité dans la peau. Crois-tu que ton fils restera sain d'esprit avec une deuxième entité en lui ? T'imagine-tu que ces deux âmes ne vont pas tenter de s'entre-détruire ? Un corps abrite une âme, pas deux. C'est une aberration que tu as réclamé sans préciser tous les points important du pacte. Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même... Mais qui sait, peut-être qu'ils survivront tous deux ? Ou peut-être pas. Adieu, mon ami, profite bien de tes fils ! Mais n'oublie pas, ton âme m'appartient à présent, je viendrais la chercher quand j'en aurais envie ! »

Et il se met à rire. À rire et à rire, et à rire encore. Un rire tonitruant, terrifiant, affreux, dégoulinant de moquerie face à la souffrance. Un rire de monstre, un rire qui résonne si fort que le père tourne de l’œil et tombe dans les pommes, en distinguant durant sa dernière seconde de conscience, les talons du démon se tourner, et la porte s'ouvrir... Qu'a-t-il fait ?


Des années plus tard, le père est toujours en vie, la mère aussi, et le fils qui avait vécu semble en bonne santé. Il a atteint sa douzième année. Il est frêle, mais ses parents s'y attendaient, étant donné qu'il est né prématuré de quelques semaines. Au moins, il est en vie. Il se comporte parfois étrangement : il rit sans raison, ou même parle seul. Son père se doute que c'est à cause de la malédiction du démon, mais il ne dit rien. Sa femme ne sait pas, elle. Il n'a jamais eu la force de lui dire que la résurrection avait réussi, et que les âmes de leurs fils s'étaient battues à mort pour savoir laquelle resterait dans ce corps. Lui-même ne sait pas lequel a gagné, mais peu lui importe. Il est rongé par le remord d'avoir été à la source de la mort d'un de ses fils. Il est commanditaire de cet assassinat. Chaque fois qu'il y pense, il sent sa poitrine s'écraser sous un poids invisible et monumental, qu'il n'arrive jamais à faire disparaître totalement.

L'enfant, pour sa part, vit à peu près sainement. Il s'appelle Rob, et n'a pas un seul ami au village. Tout le monde le regarde bizarrement, car tout le monde sait ce que son père a fait. Sauf lui. Les gens l'évitent, et il ne comprend pas pourquoi. Mais il s'en fiche. Il a un ami, qui ne lui parle que dans sa tête, mais un ami quand même. Cet ami n'a pas de nom, alors il l'appelle Aka. Ils s'apprécient beaucoup, et rigolent bien ensemble.

Et un soir, alors qu'ils discutent tous les deux dans la chambre de Rob, le père entre. Il a l'air perdu. Il ne comprend pas. Certes, il s'attendait à une fragilité psychologique chez son enfant, mais parler seul ? Il s'agenouille au pied du lit, et lui demande à qui il parlait.

« À mon ami ! » répond le garçon tout naturellement. « Il s'appelle Aka, et il me parle dans ma tête ! Y'a que moi qui peut l'entendre ! »

À ces mots, des larmes perlent aux yeux du père, puis roulent le long de son nez, viennent embrasser la commissure de ses lèvres, et se jettent dans le vide depuis son menton. Aka, c'est le prénom que sa femme et lui voulait donner au deuxième enfant. Il sourit difficilement à son fils, sachant que le temps est venu de lui parler, et s'assoit à côté de lui.

« Rob... Aka, ce n'est pas ton ami. C'est ton frère. Vous êtes jumeaux, tous les deux. Je sais, c'est difficile à croire mais... C'est la vérité. Quand vous êtes nés, Aka n'a pas survécu. La mort l'a emporté immédiatement, sans même lui donner une chance de vivre et d'être heureux. Alors j'ai demandé de l'aide à un ami qui connaissait bien la magie et qui est aujourd'hui parti depuis longtemps, pour qu'il le ramène à la vie. Il a réussi, mais n'a pas pu le lier dans le corps d'origine de ton frère. Il a été obligé de le lier dans ton corps, de vous faire coexister ensemble. »

L'enfant comprend alors mieux pourquoi on le regarde étrangement, avec presque du mépris. Il ne saisit pas encore l'importance d'une telle révélation, ni tout ce qu'elle implique, mais ce n'est qu'un enfant, on ne peut que lui pardonner.

« Je crois qu'il va falloir que l'on t'invoque un familier, Rob. Avec lui, les gens arrêteront de jaser lorsqu'ils te verront parler seul, puisque les familiers peuvent discuter par télépathie. Avec un familier, tu aurais un véritable ami, en plus de ton frère. Évidemment, pour que ça fonctionne, il faut que tu garde ce que je viens de te dire pour toi. Personne ne doit savoir. Tu ne dois en parler à personne, pas même à maman. Si tu as besoin de parler, tu as Aka, ou alors tu peux venir me demander à moi, si je suis seul. Garder le secret est le meilleur moyen de vivre en paix. Qu'en dis-tu ? »

Rob reste quelques instants sans rien dire. Le père ne saisit pas, mais Aka est en train de discuter avec son frère. Il donne son avis. Finalement, l'enfant relève la tête vers le père, et lui sourit largement :

« Oui je veux bien. »

Sa réponse est simple, dénuée de questions superflues et auxquelles il ne pense même pas, son petit cerveau d'enfant trop peu préoccupé par les soucis qu'ont les adultes et les gens sérieux. Ce n'est qu'un enfant, il veut s'amuser et être heureux.

Le rituel d'invocation du familier survient dans la semaine même. Le père a convaincu la mère en lui disant qu'il s'inquiète pour la santé mentale de Rob qui, selon lui, aurait un ami imaginaire. Il cache encore la vérité pour éviter de créer des soucis à sa femme. Il sait que c'est mal, et qu'elle a le droit de savoir... Mais il ne veut pas l'accabler. Il veut qu'elle puisse vivre en paix. Le regard des autres villageois, chargé de haine et de dédain, est déjà suffisamment dur à supporter pour elle. Il n'a pas à ajouter à cela les tourments avec lesquels il doit vivre. C'est son fardeau.

À l'issue du rituel, c'est un petit hibou qui apparaît. Il mesure à peine 40 centimètres de haut, pèse moins de 5 kilos, et a un joli plumage brun clair sur la plupart du corps. Au niveau des yeux et du ventre, en revanche, ses plumes prennent une teinte blanche éclatante. Aussi, sous le bec, il a comme une sorte de nœud papillon, fait de deux plumes vertes en forme de feuilles. À peine est-il invoqué qu'il regarde autour de lui, puis se dirige instinctivement vers Rob, pour lui sauter sur l'épaule et frotter sa tête contre la sienne. Un lien s'est déjà créé entre les deux amis, et Rob semble heureux.

« Pourvu que ça dure, » pense le père.


Et effectivement, le bonheur dure encore quelques années. Mais il se désagrège rapidement.

Rob a 16 ans maintenant, et la vie de jour est toujours relativement simple pour lui. Les gens le regardent toujours bizarrement, mais il s'en fiche. Il a Aka, et il a Po. Po, c'est son familier hibou. Il a découvert que Po est capable de quelques petits tours de magie : il peut faire ressortir les racines des arbres du sol pour faire des croche-pattes, et il peut aussi faire tomber les feuilles des branches pour camoufler l'endroit vers lequel il s'enfuit. C'est un petit malin, ce Po.

Mais parfois, Rob se sent mal. Il a l'impression de n'être qu'une insignifiante erreur, qui n'aurait pas dû être là. Il n'arrive pas à aider son bûcheron de père au travail, du fait de sa constitution trop fragile, et il n'est pas doué non plus pour aider sa mère aux tâches ménagères. Il ne sert à rien à sa famille, et les autres villageois l'évitent toujours autant, le rendant totalement inutile pour la communauté. Il se sent seul malgré Po et Aka. Il a l'impression de n'être qu'une ombre dans ce village. Il se surprend de temps en temps à se demander comment serait le monde sans lui. Il est maussade, de plus en plus maussade. Et lorsque la nuit tombe, ses idées noires le prennent de toutes parts et l'enserrent. Il se sent submergé.

La nuit est devenue le tombeau de sa joie. Il ne dort plus correctement, fait des cauchemars, se sent constamment observé, oppressé... Et ce, chaque nuit. L'obscurité est devenue sa pire ennemie. La dépression le gagne, la folie le guette. Aka et Po, impuissants, assistent à la déchéance de leur compagnon.


Nous sommes en 613. Rob a 19 ans. Il n'est toujours pas intégré, ni parmi les villageois ni dans sa famille. Ses parents l'aiment mais sont malgré tout déçus qu'il soit si faible. Il était autrefois un jeune homme souriant et heureux, curieux et partant pour toutes découvertes. Aujourd'hui, des cernes se sont dessinées sous ses yeux, son corps malingre l'est plus que jamais, et son visage ne traduit plus que désintérêt et lassitude. Il fait peur à voir, avec cette allure de cadavre.

D'ailleurs, il effraie tellement que les enfants du village le tourmentent. Cela fait quelques mois, mais en ce jour fatidique, c'est bien pire qu'auparavant.

Ils sont cinq. Ils l'ont vu allongé prêt de la petite rivière qui passe aux abords du village. Ils se sont dit que ce serait amusant de lancer des pierres sur ce monstre. Alors ils le font. Rob en reçoit une en plein visage. Son nez est cassé sur le coup, et le sang coule à flot. Il met sa main sur ce cartilage endommagé, se relève et s'enfuit en direction de la forêt, suivi par Po qui vole au dessus de lui. Il arrive dans la forêt, à l'ombre et au frais, dans cette zone protectrice que les autres enfants n'oseraient habituellement pas pénétrer. Et pourtant...

Les cinq enfants entrent dans la frondaison verte, sans hésitation. Leur mépris éclate, la colère que leurs parents leur ont insufflées se révèle au grand jour, et les pierres fusent de plus belle. Elles touchent son dos, sa tête, ses jambes... Jusqu'à ce qu'il tombe à la renverse. Il ne voit pas ce qui se passe, face contre terre, mais il sait que Po se dresse entre eux et lui. Il entend le bruit caractéristique des feuilles qui tombent.

Mais les pas se rapprochent quand même. Ils n'ont plus peur. Il ne leur a rien fait, mais ils veulent lui donner une bonne leçon. Il entend un battement d'ailes, puis un bruit sourd, suivi d'un deuxième. Il se fige. Il tourne son visage vers la droite, et il le voit. Po est au sol, blessé par ces enfants. Il voulait juste le protéger, il ne leur a jamais rien fait, mais ils l'ont blessé. Il se relève, prit d'une rage soudaine et folle, et saute au cou du premier qui passe. Il ne cherche pas à se battre : ses mains se jettent autour de sa gorge, et serrent, serrent. Les larmes brouillent sa vision, et son esprit est embrumé. Il ne pense qu'à venger Po. Des voix résonnent, dans sa tête, dans ses oreilles, mais il n'écoute pas. Tout ce qui importe, c'est ce visage qui bleuit, qui se tord de souffrance, qui cherche à tout prix de l'air.

Puis un coup, derrière sa tête. Il tombe au sol, sonné, et sombre dans l'inconscience. Lorsqu'il se réveille, il est déjà tard. Il voit que le soleil se couche, et remarque immédiatement Po, à côté de lui, cloué sur un arbre. Il reste là, bouche bée, quelques secondes, avant de laisser s'échapper un cri déchirant de souffrance, comme seules les bêtes agonisantes savent les faire. Il fonce au tronc de l'arbre et détache Po. Mais il est trop tard. Il sent que son corps n'est plus chaud. Son ami lui a été retiré. Il se souvient alors que son père avait un ami capable de ramener les morts, comme Aka, à la vie. Il se relève et court vers sa maison, toujours en larmes, le petit corps de Po dans ses bras, la poitrine compressée par la terreur d'avoir perdu à jamais son cher ami.

Lorsqu'il arrive, il voit que des villageois sont rassemblés devant la maison. Il ne comprend pas pourquoi, mais il n'en a rien à faire : tout ce qui lui importe, c'est Po. Il se faufile entre les gens, n'hésite pas à les pousser, à les bousculer, tant il se soucie peu d'eux. Il entre enfin dans la maison, et avant même qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, il entend :

« Ah ! Voilà le monstre ! »

C'est un homme bien bâti qui dit ça. Il se tient debout, au milieu de la pièce à vivre, avec à ses côtés sa femme, et deux enfants qui semblent avoir 14 ans tout au plus. Deux enfants qui font partie de ceux qui ont attaqué Rob. Face à lui, le père de Rob, debout, imposant, mais moins que cet intrus. Les regards se tournent tous vers le jeune homme qui tient Po dans ses bras.

« Papa... » parvient-il à dire avant que l'homme ne reprenne la parole.

« Silence, monstre ! Tu as essayé d'assassiner mon fils alors qu'il jouait sagement. Comment peux-tu oser te montrer ici, avec en plus le cadavre de ton propre familier dans les bras ?! »

« Je... Je n'ai... C'est lui... C'est... Ils m'ont attaqué ! Papa, ils ont tué Po ! »

« Foutaises ! Mon fils ne ferait jamais une telle chose ! Tu les as attaqué et tu as tué toi-même ton hibou pour leur faire porter le chapeau, n'est-ce pas ? » L'homme se tourne alors vers le père de Rob, le regard furieux et flamboyant de haine. « Je savais bien que nous n'aurions jamais dû être cléments en vous laissant vivre parmi nous après ce que vous avez fait. Pactiser avec un démon pour ramener votre enfant mort à la vie, quelle ignominie, quelle infamie... Cela ne pouvait que finir mal ! Ce que vous avez créé ce jour-là, c'est un monstre ! C'est de votre faute ! Vous avez apporté la malédiction parmi nous, vous êtes le père d'une entité démoniaque, vous devez partir, ou mourir ! »

Des murmures approbateurs se font entendre parmi les gens qui se sont massés dans l'embrasure de la porte et au dehors. La haine les consume tous, et pourtant, aucun n'a eu à souffrir des conséquences de ce que le père a fait.

Rob, quant à lui, ne comprend pas. Un démon ? Un pacte ? Son père lui avait dit que c'était un ami à lui qui avait ramené Aka dans son corps. Il aurait menti ? Il tombe à genoux, submergé par ce qu'il entend, qu'il ne veut pas comprendre. La dépouille de Po lui échappe des mains, et ses paumes viennent se plaquer sur ses oreilles. Il n'écoute plus, mais il entend. Il entend la dispute. Il entend le ton monter encore et encore entre les deux hommes, puis il entend que l'un bouscule l'autre, et que l'autre répond. Lequel a fait ça ? Il ne sait pas, mais le silence s'est soudainement fait parmi tous les villageois. Un cri déchire alors ce voile de calme.

Il relève la tête, et constate avec horreur que le corps de son père est au sol, appuyé comme s'il était assis, dos au mur. Il n'y a pas de sang, mais son père semble mort. Il rampe tant bien que mal jusqu'à lui, tandis que l'autre homme balbutie.

« Je... Je n'ai pas voulu... Je n'avais pas poussé... pas si fort, pourtant... Je... »

Rob atteint son père, attrape sa main, prend son poux. Pas de pulsations. Il est parti pour l'Au-Delà. Il reste là, abasourdi. Comment sa vie a-t-elle pu prendre un tel tournant ? Comment a-t-il pu être assez stupide pour penser qu'il avait le droit de vivre ? C'était sa faute, sa faute, si papa était mort, si maman pleurait toutes les larmes de son corps sur ce macchabée. Il sent qu'il a envie de tout laisser exploser, sa frustration, sa colère, son angoisse, son chagrin... Le soleil se couche finalement, la pénombre de la nuit s'étend de plus en plus sur le monde, mais aussi dans l'âme de Rob. Les sentiments se bousculent en lui, et il ne sait lequel décrit le mieux son ressenti du moment. Il veut hurler mais sa voix est comme coupée. Il veut fermer les yeux et les rouvrir pour découvrir que tout n'était qu'un énième cauchemar. Il veut s'endormir et ne plus jamais se réveiller. Et soudain il l'entend. La voix d'Aka. Une unique phrase qui résonne en lui, avant que tout devienne ténèbres autour de lui.

« Ils vont payer. »

Et puis plus rien. Il ne se souvient plus de rien après cette phrase. Il tombe dans un gouffre opaque dans lequel il ne voit et n'entend rien, qui ne le laisse sortir qu'après ce qu'il croit être des heures. Il est dans les bois, assis par terre.

Que fait-il ici ? Pourquoi n'est-il pas au village ? La voix d'Aka retentit dans sa tête :

« Ne vas pas au village Rob, s'il te plaît. »

Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a au village, que Rob doit éviter ? Papa ? Papa est mort. Il ne peut rien y faire, il doit vivre avec, et retourner au village. Maman l'attend sûrement. Elle est probablement inquiète. Alors il se met en route. Il court, en ignorant la voix d'Aka qui le supplie de ne pas y aller. Et il y arrive enfin. Le silence est complet. Les volets sont, pour la plupart fermés. Certaines maisons semblent vides, cependant. Il ne s'y attarde pas, et continue jusqu'à sa maison. Lorsqu'il la voit, il remarque, grâce au clair de lune qui perce malgré la couverture nuageuse, qu'il y a de drôles de formes sombres, au sol, devant la bâtisse. Plus il s'approche, et plus ces formes lui semblent familière.

C'est lorsqu'il arrive à 10 mètres de ces formes qu'il distingue clairement ce qu'elles sont, en même temps qu'Aka lui dit une dernière fois « Rob, je t'en prie ». Ce sont les cadavres des villageois. Ils ont été massacrés. En s'approchant, il remarque la barbarie qu'ils ont subi. Certains ont des parties du corps arrachées, d'autres n'ont plus de tête, et d'autres encore ont des membres tordus d'une manière qui est tout sauf naturelle.

Il plaque sa main sur sa bouche, submergé par l'horreur d'une telle scène, et avance. Il avance vers sa maison. Il veut savoir. Maman. Il veut la voir. Il s'arrête une seconde avant de passer la tête par la porte. Et là, il les voit. Les cadavres des intrus : les enfants, leur père, leur mère, entassés dans un coin, et, par-dessus celui de papa, comme s'ils se faisaient un ultime câlin, assis ensemble, le corps sans vie de maman, un trou dans la poitrine.

C'en est trop pour Rob. Il pousse un hurlement déchirant, similaire à celui qu'il a laissé échapper lorsque Po est mort, et s'enfuit. Il court et court et court encore, jusque dans les bois, sans s'arrêter, sans regarder derrière. Il n'écoute pas la voix d'Aka qui lui parle. Il redoute la vérité. Il s'en doute mais ne veut pas l'entendre.

Lorsqu'il s'arrête enfin, il s'écroule au sol, épuisé. C'en est trop pour lui. Trop d'émotions. Trop de souffrances. Il sombre sans attendre dans un sommeil profond et réparateur. C'est la première fois depuis des années qu'il arrive à dormir sans faire de cauchemar, malgré le choc des événements du jour.

Il se réveille. Il fait jour, et les oiseaux chantent. Tout ça n'était pas un rêve. Il se redresse, et pleure en silence quelques minutes, avant de parler.

« Aka. Raconte moi. »

Son frère lui répond alors, en lui parlant mentalement :

« J'ai... J'ai explosé. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai pris le contrôle de ton corps. Je suis ton ombre, Rob. Mon âme est dans ton ombre. Et quand j'ai explosé, j'ai enveloppé ton corps. Et je me suis laissé guider par ma haine. J'ai... J'ai tué tous ces gens. J'ai changé les ombres qui enveloppaient ton bras en une sorte d'épée d'ombres, et je les ai tous assassinés. Je les ai puni. Et... Et... Et maman... Elle a voulu s'interposer. Je n'ai... Pas pu... Pas pu arrêter mon coup... Je suis... Désolé, Rob... Vraiment... »

Un lourd silence s'ensuit. Ni l'un ni l'autre des deux frères ne parle. Ils encaissent tous deux la douleur et les implications de cette journée. C'est Rob qui brise finalement le silence :

« Qu'est-ce qu'on va faire... Qu'est-ce qu'on va devenir... »

Aka ne réfléchit pas un seul instant, et la réponse lui vient immédiatement :

« Il faut qu'on s'en aille. Qu'on se cache, et si possible qu'on parte d'Arcadia. Petit à petit, des gens sauront. On sera recherchés. Traqués. On doit devenir invisibles... Il faut qu'on aille à la capitale. On trouvera du travail là-bas. Le temps que la rumeur de ce qu'on a fait y arrive, on aura déjà eu le temps de préparer un plan de fuite. »

Ils discutent encore un peu avant de se décider. Rob a peur. Peur d'être au milieu de gens innocents, et de les blesser, ou pire... Sans pouvoir se contrôler. Mais Aka lui promet que ça n'arrivera pas. Qu'il ne prendra le contrôle qu'en cas d'urgence. Après une longue hésitation, Rob accepte. Il se relève, et, même s'il est affaibli, affamé et abattu, il se met en marche.


Deux ans plus tard, Rob a 21 ans. Il est enfin arrivé à Valua. Il n'a pas un bon sens de l'orientation, alors il a survécu comme il a pu durant ses deux années de vagabondage. Il se fond dans la masse. Il n'a aucune idée de comment gagner sa vie, alors il erre dans la ville. Il observe, sans rien faire. Lorsqu'il passe auprès de gardes, il baisse la tête, de peur d'être reconnu et arrêté. Mais rien de la sorte n'arrive. Au contraire : il passe inaperçu. Avec la capuche de sa cape sur la tête, personne ne fait attention à lui. C'est une âme de plus dans la capitale, dont tout le monde se fiche. Mais il ne sait pas comment survivre.

Dans Valua, c'est un clochard comme un autre. Il cherche de la nourriture comme il peut, la vole parfois. Mais il lui arrive de ne rien trouver à se mettre sous la dent pendant plusieurs jours. C'est Aka qui, un soir, trouve la solution. Il devient chasseur de primes. Rob ne peut se résoudre à la violence nécessaire pour ce métier, mais Aka, lui, le peut facilement. Tant que Rob trouve de la nourriture sans trop de soucis, Aka reste en retrait. Mais, quand la faim grandit et que le spectre de la mort les guette, il prend les commandes, et trouve un contrat, qu'il remplit, ce qui lui permet de laisser éclater la violence inhérente à son âme pour se soulager.

Ils n'oublient cependant pas leur plan initial. Ils veulent fuir Ultarime. Ils veulent changer d'air et de monde. La capitale est tout aussi nauséabonde que leur village de naissance.

Un jour, ils finissent par se présenter au portail. Ils veulent fuir pour Kalerya. Les rumeurs racontent que ce monde est bien meilleur que tous les autres. Qu'il y fait bon vivre, malgré la guerre entre Congrégation et Crépuscule. Ils sont anxieux. Vont-ils pouvoir passer sans encombre ?

Oui. Ils passent tous les contrôles sans soucis, excepté des regards étranges de la part des gens qu'ils croisent. Et, quelques secondes après, les voilà en Kalerya. Ils viennent d'apparaître en plein dans la Congrégation. Ils ne veulent pas faire de vagues, aussi sortent ils aussi vite que possible. S'attarder ici serait risqué, la Congrégation n'aime pas vraiment pas les chasseurs de primes, et encore moins les meurtriers.

Et les voilà, en errance, depuis un peu plus d'un an, en Kalerya. Ils vont de ville en village, se nourrissent comme ils peuvent, et, lorsque le besoin s'en fait sentir, prennent un contrat et l'exécutent. Les deux frères ne sont pas spécialement connus, mais les quelques contrats qu'ils ont prit ont tous été menés au mieux. Leur existence sera sûrement bientôt connue de gens plus puissants que de simples commanditaires de contrats faciles.

Ils ne sauraient rester encore bien longtemps dans l'ombre.




Informations Supplémentaires

Votre surnom
Hepta

Votre âge
22 ans

Qui est sur ton avatar ?
Natsuki Subaru, Re:Zero // Ayato Kirishima, Tokyo Ghoul

La catégorie de ta magie
Magie perdue

Nom de ta magie
Rob Seinfield > Anam Dorcha

Accès à la zone H/Y/Y
Oui

Code de validation
Validé


❖ Dragon du feu - Banshee ❖
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09/10/2016

Informations
Caractéristiques:
Magies & Armes:
Relations:
http://www.kalerya-entre-monde.com/t116-siriel-k-vineldyl http://www.kalerya-entre-monde.com/t379-siriel-k-vineldyl-f-t http://www.kalerya-entre-monde.com/t384-siriel-k-vineldyl-ses-petits-tresor http://www.kalerya-entre-monde.com/t382-siriel-k-vineldyl-le-fil-rouge-de-sa-vie http://www.kalerya-entre-monde.com/t383-siriel-k-vineldyl-des-noeud-sur-le-fil#2021

Lun 16 Jan - 12:50
la jolie fiche :love:

Un Staffien passera sous peu pour te validé !


   
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Lun 16 Jan - 18:47
PSEUDO DU JOUEUR

➜ Orthographe :
2 / 2
➜ Vocabulaire :
2 / 2
➜ Conjugaison :
1,5 / 2
➜ Qualité :
3,5 / 4
➜ Originalité :
2 / 2
➜ Respect de la langue française :
2 / 2
➜ Note perso :
2 / 2
➜ Bonus longueur du texte :
4 / 4

➜ Niveau
19
➜ Niveau bonus
2
➜ Niveau total
21

➜ Point techniques
21
➜ P.Ts bonus
2
➜ P.Ts total
23

➜ Points de caractéristiques
105
➜ P.Cs bonus
10
➜ P.Cs total
115

➜ Kinahs
10 000

➜ ROB SEINFIELD
est validé/e en tant que [CHASSEUR DE PRIME] avec un niveau [21], [23] points techniques , [115] points de caractéristiques à répartir sur sa fiche technique dans les statistiques et un total de [10 000 KINAHS]

Des petites fautes par ci par là, surtout au niveau des accords.
Mais je trouve tout de même ta fiche très original x3 Surtout avec le frère lié à l'ombre de Rob. Chapeau.

Tu es validé ! :love:




   
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