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Un si beau soir d'hiver.
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Mar 25 Juil - 21:20
Le recueil que vous tenez entre vos mains porte sur lui les stigmates d'une vie mouvementé. Plus un amas chaotique de feuillets qu'une compilation propre et ordonné, il tient que par l'action providentielle d'une lanière de cuir mitée enserrant les papiers dispersés.Beaucoup de pages sont déchirées. Certaines ont été trempées par la pluie, et d'autres sont tachées de sang. Il est difficile de déchiffrer l'écriture pataude de son auteur, se main semblant trembler sous le poids de la tache qu'il s'est imposé. A de nombreux endroits, là où sa main à fait une pause dans son écriture, l'on peut voir des taches d'encres s'accumuler en de gros flocons noirs. A d'autres, ses traits prennent l'aspect de ratures tantôt rageuses, tantôt tristes et hésitantes. Il existe beaucoup d'annotations, et certaines pages sont écrites en plusieurs exemplaires, parfois avec des variations minimes. Il est évident que le propriétaire de cet objet y a accordé une importance toute particulière.

Avant-Propos :

Je ne suis pas un être loquace. Ni un être attiré par la beauté, ou quelqu'un de très imaginatif. Mes semblables m'évitent, sans doute à raison, et je ne pense avoir un jour le courage de revoir ma famille. J'ai commencé ce récit le jour où j'ai quitté la maison familiale. Au risque d'asséner une évidence, je ne suis pas fier du procédé. Ce fut une affaire sombre et rapide, de celle qu'on souhaiterai oublier, qui vous font au coin de l’œil comme un tache insistante, qui refuse de partir et qui teinte alors toute votre vision. Un coup d’œil sur ma femme endormie, une caresse furtive sur sa joue blanche et un bref moment passé à contempler son nez d'oiseau. Elle était mignonne, ma femme. Des pommettes hautes, et une peau de nacre. Fine comme tout, et j'ai souvent eu peur de la briser, tant elle me rappelait une grue de papier que mes gros doigts patauds auraient trop vite eu l'occasion de ruiner. Elle s'est retournée, et a je crois murmuré mon nom, sans se réveiller. Je hais mon nom. Alberion de Hastrefer. C'est un nom violent, un nom de combattant. Un nom de preneur et de briseur de vie. Alberion, le guerrier, Alberion le meneur d'hommes, l'héritier maudit de la famille de Hastrefer. Je précise que notre château est en fait un gros manoir de pierre noire perdue dans les montagnes oubliées du nord. Si d'aventure Père le mentionne, ne pensez pas qu'il cherche à vous donner de fausses impressions de grandeur. Je pense qu'il veut, inconsciemment sans doute, jeter sur la laideur de notre leur situation un voile pudique. Il ne vit sur nos terres que des fous et parias, se cassant le dos pour extraire de nos mines, ces gueules béantes à l'appétit jamais rassasié, des blocs boueux d'un fer qui vous écrase le dos quand vous le soulevez. Ou des chasseurs, parfois. Beaucoup de chasseurs, qui se battent pour ramener la peau maigre d'un animal affamé. Tout le monde fait plus d'un mètre quatre-vingt, et possède des os aussi épais que le crâne d'un enfant. Il fait nuit très tôt, et nous ne connaissons pas l'été, sauf si l'on considère que voir la croûte gelée qui nous sert de sol devenir une boue froide et immonde constitue l'été. Alors oui, nous le connaissons, quatre mois par an. Tout le monde sait comment il va mourir. De faim et de froid, quand le corps trahira la volonté vacillante de l'esprit. Car les deux maux ici vont ensemble, comme deux sœurs chantantes et riantes. Moi aussi, je ne suis pas devin, mais je sais déjà comment je vais mourir. Les entrailles étendues sur le sol, ou réduit en cendres par ma propre magie. Ma mort ne sera pas une affaire propre. Je ne m'étendrai pas dans mon sommeil après un dernier soupir apaisé, entouré de tout un clan aimant de descendants. Je suis une chose, une abomination, et je mourrai comme telle. Cette pensée m'obsède, à vrai dire. Je me lève le matin en pensant à ma mort, et je me couche le soir en pensant à elle. Comme une maîtresse cruelle et élusive, elle se dérobe sans cesse à moi, et pourtant m'appelle de ses bras tendus. Je dois l'avouer, il y a des jours où je nourris la coupable pensée de mettre fin à mes tourments, de me libérer du poids de mon existences et des obligations continuelles dont je m'accable.

De nombreuses lignes à la suite sont raturées, et l'écriture du mercenaire se fait illisible. L'agitation qui l'a visiblement gagné fait que ses mots se chevauchent les uns les autres dans un concert cacophonique d'appels manqués, et les rares passages déchiffrables n'ont que peu de sens.

Ma mort, donc. Je doute que beaucoup de monde se souvienne de moi après celle-ci. Ma famille, que j'ai abandonné. Les gens que j'ai tué, et ceux qui ne sont pas morts. Peut-être quelques personnes que j'ai aidé, pour qui je resterai un visage amorphe caché sous un masque de métal. Je souhaite laisser quelque chose de positif derrière moi, quelque chose que les gens pourront lire et associer à ma personne sans que cette dernière n'inspire l'horreur ou le dégoût. Je doute d'être un bon auteur, ou d'avoir cela en moins. Mes pensées sont lourdes, et mon esprit n'est pas flexible. J'ai vu des auteurs. J'ai même parfois surmonté la peur panique qui souvent étrangle ma poitrine à la vue des autres, pour aller leur parler. Ils ne sont pas comme moi. Certains sont des ordures, certes, des menteurs et des affabulateurs, voir des voleurs. Certains sont des poètes rêveurs, et d'autres des érudits aux fronts larges et aux mâchoires serrées. Mais aucun n'est un monstre, au sens véritable du terme, une créature impavide qui s'est à ce point détaché des autres qu'elle prend parfois le sourire d'autrui pour la gueule carnassière d'un requin, au point qu'elle doive pour se rendre la présence de ses congénères supportables imaginer des horreurs que je tairai même à l'écrit. Ecrire, non pas comme je le fais, mais en sachant que l'on sera lu, pour que l'on soit lu, est un acte profondément social. C'est transmettre une partie de soi, réelle ou fantasmé, et se mettre à nu. Quelque chose que je ne saurai faire, de si étranger à mon comportement qu'il a fallu que je tranche les derniers liens qui me rattachaient à un semblant de normalité pour pouvoir le faire. Si quelqu'un lit ceci, c'est d'ailleurs sans doute que je suis mort. Traitez mes écrits avec quelque égard, et si vous ne le faites pas par respect pour leur qualité, faites-le pour honorer ma dernière requête. Vous avez sans doute entre les mains tout ce qui reste de moi.

Vous devez sans doute vous demander qui je suis en lisant ces lignes. En relisant cette courte introduction, j'imagine que je donne l'image d'un être tourmenté et coupable. Ce n'est pas faux, mais ce n'est pas toute l'entière vérité. Encore une fois, je suis Alberion Hastrefer. De Hastrefer, peut-être. Je ne sais pas si peux conserver la particule après avoir déserté le foyer familial. Cela n'a au final sans doute que peu d'importance, puisque mon nom doit avoir été rayé des registres familiaux. C'est important que je rappelle mon nom, puisqu'on se fabrique toujours par rapport à un héritage, que ce soit en l'acceptant ou en le rejetant. Je capture et je tue des gens pour gagner ma vie. Pour le bon prix, je m'applique à honorer diverses requêtes. J'ai abandonné ma femme et ma fille. Et mon père aussi, mais je parlerai de lui plus tard. Aussi tard que possible. Je pourrais dire que c'était pour leur épargner ma présence, pour leur cacher les cicatrices que je porte. J'ai vu mon géniteur, et le tribut que prélève sur lui la magie de ma famille. Je pourrais aussi dire que c'était pour ne pas leur infliger ce cruel spectacle. Je pourrais mentir, en somme. La vérité, c'est que j'ai pris la fuite comme un voleur, sous la lumière d'une lune si pure qu'elle donnait à la misère des masures du village des allures de flèches angéliques. Je ne supportais plus leur présence. Les gazouillements perpétuels de ma fille, qui voyait en moi son héros de père retrouvé. Le toucher de ma femme sur ma peau, comme de l'eau dans le désert. Leur amour éclatait ma chair comme un millier d'aiguillons ardents, et leur existence même excitait mes plus violentes pulsions. J'ai pris la fuite, et quelques heures plus tard, j'écrivais ces lignes.

Par un si beau soir d'hiver, je scellais mon destin, et je commençais à raconter mes pitoyables aventures.

La formule de fin est écrite d'une main tremblante, puis réécrite, puis raturée, une dizaine de fois. Visiblement, l'auteur n'était pas satisfait par cette dernière, mais a fini faute de mieux par la choisir. Le bas de la première page est légèrement froissé, et porte les traces d'une humidité légère.


Ne crains pas les ténèbres rampantes, mais la pâleur de ton Feu.
Chant du Brasier, psaume IIX:VI
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