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SICK - Running through explosions with outrageous attitude
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Sam 8 Avr - 16:52
SIEGHART « SICK » ESKELION
Bariath - Chercheur de troubles




banalités biométriques

Eskelion
Sieghart
28 ans
Eclypteth
Masculin
77 kg
183 cm
Odieux libertin
Incube
Hiéracosphynx





un contraste d'ombres et de lumières

Hobbies & phobies
Traits de caractère


Le sport - Il en a pris l'habitude, physiquement mais aussi psychologiquement. Il ne peut pas rester une trop longue période sans rien faire, il se sent sinon tomber dans une apathie crasse qu'il abhorre. Peu importe ce qu'il fait tant qu'il s'épuise physiquement, c'est un peu une façon de se vider la tête. Il pratique notamment le muay thaï, dans lequel il se laisse parfois emporter trop loin dans l'adrénaline. Il a également pratiqué plus ou moins souvent l'alpinisme, la natation, le parapente et un mélange entre la gymnastique et le parkour.

Les armes - Il a une certaine passion pour les armes, qu'elles soient à feu ou blanches. Néanmoins, ceci est à nuancer, il éprouve une certaine fascination pour la complexité technologique des premières et pour la maîtrise et la discipline que requièrent les secondes. C'est le maniement plus que l'objet qui l'intéresse, et il connaît une grande panoplie d'armes et de références, notamment car il a été formé à plusieurs d'entre elles le temps où il a servi à la Congrégation. Il en a collectionné plusieurs même si aujourd'hui elle sont rangées pour la plupart. Il les apprécie pour l'élégance froide qu'elles dégagent et les valeurs qu'elle peuvent véhiculer. Car ne lui faites pas dire ce qu'il n'a pas dit, il a en répulsion leur usage pour la terreur et le sang.

Les petites choses quotidiennes - On ne peut pas vraiment les qualifier de hobbies mais ce sont des choses qu'il apprécie. La musique. Il n'en joue pas mais est très consommateur. L'ambiance urbaine des villes surpeuplées. À vanerzame, surtout, cette folie grouillante où on peut se fondre dans la ville sans que personne ne fasse attention à vous. Voyager. Découvrir de nouveaux paysages mais aussi passer sans attaches, comme si voir défiler les distances sans limite était une sorte de liberté. Il n'aime pas trop prendre l'avion ou des moyens de transports peuplés. Il préfère de loin partir avec sa moto et aviser au jour le jour. Pour profiter, pour être seul, pour changer d'air. Pour vivre le trajet. Les choses de l'espace. Ça peut paraître idiot mais il a toujours éprouvé une sorte de fascination pour ces étendues vides et froides, pleines d'inconnu et de mystères, mais de merveilles aussi. Et la beauté qu'elles dégagent. Voler. Yh-Ibenseth peut le porter pendant assez longtemps, et c'est toujours une sensation aussi incroyable en plus d'être un moment assez privilégié entre les deux. La lecture. Transmise par sa mentor, la science-fiction notamment.

Perdre la raison - Il comprend très mal encore l'origine des troubles provoqués par sa magie. Il a bien saisi que cela se manifestait principalement lorsqu'il tirait trop dessus, mais pas que, et même s'il essaie de rationaliser la chose à l'extrême, il y a un gouffre terrible qui menace de s'ouvrir en lui et qu'il refuse de regarder. Il les voit, ces hallucinations, il les entend, il les ressent. Il est extrêmement lucide sur ce qui lui arrive, mais il ne sait juste pas ce qu'il se passe et il s'astreint à un déni systématique car, autrement, il paniquerait. Et paniquer, ce serait comme accepter ne plus avoir le contrôle et sauter dans ce gouffre à l'aveugle. Il n'en parle à personne, jamais, même avec son familier c'est quelque chose de tabou. La violence qu'il se fait à lui-même pour refuser cet état est exceptionnelle et proche de l'obsession.
Taciturne ♦ Incertain ♦ Impétueux ♦ Fier ♦ Insolent ♦ Troublé ♦ Loyal ♦ Vif ♦ Déterminé ♦ Excessif ♦ Isolé ♦ Fort potentiel ♦ Dispersé ♦ Prédispositions à une certaine violence ♦ Imprudent ♦ Agité ♦ Indocile  ♦ Astucieux ♦ Passionnel ♦ Tendances à la transgression ♦ Protecteur ♦ Farouche ♦ Pragmatique





le flot brutal de ces choses qui servent à tuer

Magie
Arme


Stellar Stag Embodiment
   Magie perdue

Il y a, dans ses veines, le goût trouble d'une saveur indéterminée. Plonger dans les eaux rouges de sa chair c'est sentir l'écho d'un quelque chose de primordial, le frisson d'un mystère trop dense pour n'être que du sang. Il charrie un héritage que le jeune homme ne saisit pas encore, source de nombreuses interrogations, et dont les répercussions dépassent de loin ce qu'il peut imaginer. C'était à l'origine un récit qui, à force d'être dit, déformé, revisité, devint légende puis mythe. Il en subsiste quelques traces sur les quatre mondes, ici et là, et certains textes ou traditions orales racontent encore comment, un jour, une constellation tomba du ciel.

« Il y a longtemps, bien avant notre ère, Glowaryss celle qui rayonne sur chaque chose et sur chaque monde veillait, comme aujourd'hui encore, sur le destin de toute créature mortelle, mue par une fascination sans bornes à l'égard de leurs choix, parfois pleins de certitudes, d'autres d'hésitations, et c'était pour elle comme une fresque sans début ni fin dont l'observation était source de divertissement et d'un apprentissage permanent. Car il y en avait toujours un, quelque part, pour la surprendre malgré tout dans sa destinée. Et elle se plaisait, comme aujourd'hui, à veiller sur eux et à donner à tous l'opportunité d'un avenir pouvant mener à la plénitude et à la sagesse.

Pleine d'un instinct maternel protecteur et bienveillant, une pensée, toutefois, vint un jour troubler sa réflexion : comment, elle qui était riche de l'expérience d'un million de million d'existences, pouvait-elle encore comprendre la condition d'un mortel qui vit pour la première fois ? Il lui apparut alors que l'observation avait ses limites et que la condition divine était, quelque part, un obstacle pour saisir pleinement ce qui faisait l'humanité. Quand on possède un pouvoir si grand qu'il en frôle l'omniscience, comment prétendre connaître les affres du doute qui vit dans le cœur des Hommes ? Alors, l'idée de faire l'expérience d'une vie de mortel germa en son esprit, petit à petit, pour abattre cette distance qui l'en séparait, pour connaître elle-même les choses de l'intérieur et se voir confronter à ces choix qu'elle aimait tant à épier en secret.

A mesure que le temps passait, l'idée l'attirait de plus en plus. Par curiosité, pour accroître son savoir ou peut-être par ennui, qui sait. Mais il lui était impossible, à elle la déesse de la lumière, de se défaire de ses oripeaux célestes pour se mettre à nu, vulnérable, et laisser la création sans la promesse d'une aube nouvelle tandis qu'elle l'arpentait. Elle ne pouvait abandonner son office, et elle ne le souhaitait pas. Il lui fallait, pour cela, un intermédiaire. C'est ainsi qu'elle eut dans l'idée de créer un être capable de vivre une existence pour elle et qu'elle s'essaya à tenter d'ébaucher la forme d'un quelque chose qui la satisfasse. Elle prit un morceau d'elle-même pour le façonner en un être qui ressemblait aux mortels, mais ça n'en était pas un pour autant et la vie qu'il mena ressemblait plus à celle d'un demi dieu qu'à quelqu'un de normal. Au bout de plusieurs tentatives elle comprit que son essence, par nature divine, ne pouvait lui donner le résultat qu'elle escomptait. Il lui fallait partir d'une base mortelle et non d'un fragment d'elle. Elle se rendit également compte qu'une seule vie ne serait jamais suffisante pour parcourir le champ infini des possibles et que l'existence d'un mortel n'était qu'un battement de cœur en comparaison.

Aussi se mit-elle en quête d'un substitut qui serait capable, en son nom, de vivre ce qu'elle souhaitait expérimenter d'un regard vierge de toute expérience précédente. Elle chercha chez les phénix et leurs vies multiples, mais ils ne représentaient qu'une fraction des êtres vivants, ce qui ne lui convenait pas. Alors elle se tourna vers le ciel, là où brillaient dans la nuit la lumière des constellations, et elle en chercha une à même de répondre à ses besoins.

Elle y trouva, glissée entre deux figures mythologiques, la silhouette céleste d'un cerf figé dans un élan plein de hâte. Quand Glowaryss lui demanda pourquoi il semblait si pressé, l'animal lui répondit qu'il fuyait la constellation du Chasseur car celui-ci convoitait le symbole de fertilité et d'énergie vitale qu'il représentait. Boire le sang du Cerf et se vêtir de sa pelisse immaculée serait, en effet, s'approprier ses pouvoirs et sa force. Pourtant, dans le ciel, nul traqueur alentours. La bête expliqua alors qu'elle était destinée à n'être jamais attrapée, proie qui toujours s'échappe des griffes de son prédateur, mais l'habileté de son poursuivant à l'arc était telle qu'il était destiné à ne jamais manquer sa cible, quelle qu'elle fût. Ainsi, pour résoudre ce paradoxe, l'un et l'autre furent placés à l'opposé dans la voûte céleste. Quand le Chasseur disparaît derrière l'horizon, c'est le Cerf qui s'élance dans les cieux, et inversement. Et leur course durait depuis des éons, figés dans l'incertitude d'un dénouement. Car de la mort de l'un dépendait la vie de l'autre : si l'animal s'enfuyait alors la famine frapperait son bourreau, mais si ce dernier tuait le premier alors il pourrait subsister, se nourrissant de sa chair et vêtu de sa peau. Et dans ce mouvement sans cesse qu'ils entreprennent l'un vers l'autre, les deux figurent l'allégorie du cycle de la vie et de la mort.

Or, c'était précisément une telle alternance que Glowaryss recherchait. Elle offrit au Cerf de poursuivre sa course sur la terre, en son nom et pour y vivre librement ces vies qu'elle voulait expérimenter. Il serait comme ses yeux et ses oreilles et elle pourrait tout observer de l'intérieur sans toutefois jamais n'intervenir. Néanmoins, cela n'allait pas sans un prix à payer car prendre corps en une incarnation vivante conduirait forcément un jour à la mort. Mais c'était peu de choses pour cette constellation, qui savait que toute mort génèrait également la vie, ainsi le Cerf accepta. Alors Glowaryss le décrocha de la voûte céleste et choisit un mortel sur le point de naître. Elle implanta en son cœur la lumière venue du ciel et n'eut plus qu'à observer. Depuis ce jour, dans la nuit, si on peut toujours y observer la constellation du Chasseur, celle du Cerf en a disparu et n'apparaît que très rarement, ce qui est perçu comme un présage de bonne fortune. On dit que son poursuivant ne s'en est toujours pas rendu compte puisque lorsqu'il apparaît dans le ciel sa proie, déjà, s'est glissée derrière l'horizon, et que lorsqu'il découvrira la supercherie alors il faudra craindre son courroux et sa descente sur la terre pour continuer de l'y traquer. »


Bien entendu cette histoire est un mythe, elle n'a pas de valeur historique au sens propre et s'est éparpillée ici et là en de nombreuses variantes, perdue, traduite, remaniée et ainsi de suite. Est-ce que cela s'est réellement passé ainsi ? Rien n'est moins sûr mais c'est de cette façons qu'elle a traversé les âges.

Sieghart est comme une réincarnation de lui-même grâce à la magie qui coule dans ses veines. Chaque fois qu'il meurt, l'essence de la constellation du Cerf s'échappe de son corps et s'en retourne brièvement dans la voûte céleste. Là, son âme est lavée de tout souvenir, purifiée de son existence précédente et s'en va peu après se réincarner, de nouveau vierge de toute chose, dans un enfant au moment où celui-ci vient au monde, peu importe la race ou le sexe. Les souvenirs de ses vies passées ne sont pas disparus mais lui sont inaccessibles volontairement. Il ne peut normalement pas y accéder car c'est contraire au but de l'existence du cycle des ses vies. La plupart du temps il n'a même pas conscience de cette particularité et il arrive même que, parfois, il ne développe pas sa magie. Au final, tout ceci n'a pour but que d'apporter une réponse philosophique.

Concrètement, cette magie permet de faire appel aux attributs associés à la constellation du Cerf, dont l'imagerie est exposée dans le mythe précédent. Elle peut octroyer des capacités qui manipulent dans une certaine mesure l'espace pour faciliter la liberté de mouvement du personnage. Par exemple, il pourrait augmenter ses capacités de saut, courir plus facilement le long des murs sur plusieurs mètres, défaire des liens qui le maintiendraient prisonnier, trouver plus facilement la sortie d'un bâtiment ou d'un labyrinthe, augmenter son score de vitesse, etc... Toutefois, il est plusieurs choses qu'il lui serait impossible de faire car elles iraient à l'encontre de la philosophie dégagée par cette magie : tout ce qui priverait quelqu'un de sa liberté de mouvement comme des techniques de lien, d'enfermement, de labyrinthe, etc... Il n'est pas capable de voler non plus. Bien sûr cette magie ne permet pas de se défaire de tout ni de tout esquiver. Sieghart possède ses propres limites et s'il affronte quelqu'un de plus fort que lui sa magie peut être rendue inefficace contre des techniques opposées. Dans une moindre mesure cette magie lui permettrait aussi de développer quelques techniques relatives au côté énergie vitale du cycle du cerf pour revitaliser une personne ou se régénérer un peu plus rapidement, sans qu'il ne soit question de guérir en quelques minutes ni de faire repousser des membres. Bien sûr au détriment de la propre vie de Sieghart car rien ne se crée et il offre alors une partie de son énergie pour ce faire.

Les contrecoups que l'usage de cette magie implique sont multiples. Premièrement, comme toute magie, une canalisation abusive au-delà de ce que peut supporter le corps conduit à des séquelles physiques plus ou moins graves selon l'intensité de la chose : épuisement, vertiges, inconscience voire mort par emballement cardiaque. Deuxièmement, plus Sieghart tire sur la ficelle et plus des souvenirs de ses vies antérieures lui reviennent d'une façon qu'il ne contrôle pas. Plus il force et plus ces mémoires se font intenses, mais ce ne sont pas n'importe quels souvenirs : il revit en effet les diverses morts qu'il a pu expérimenter dans ses autres vies. Cela ne l'affecte pas physiquement à proprement parler dans le sens où s'il revit une flèche le transperçant, son corps ne sera pas transpercé, mais la douleur sera bel et bien présente. Cela devient graduellement de plus en plus insupportable jusqu'au moment où malgré l'absence de séquelles physiques, ses membres ont de plus en plus de mal à lui répondre car le cerveau traduit cette « douleur imaginaire » par de vraies réponses physiologiques. A abuser trop régulièrement de cette magie, à force de faire l'expérience de ces douleurs, cela peut devenir très dangereux car il perd de plus en plus la notion de danger physique. De plus, quand il force trop régulièrement sur la chose cela provoque une « infiltration » de souvenirs de ses vies précédentes en lui, en général pendant qu'il dort mais parfois pendant qu'il est éveillé. Il ne contrôle pas ce à quoi il a accès ni quand ni comment mais c'est comme se faire parasiter mentalement par les psychés d'autres vies. Cela peut prendre l'apparence d'illusions sensorielles, d'émotions tirées d'un autre âge, de souvenirs soudains, de rêves récurrents ou d'une confusion entre sa vie actuelle et ses vies antérieures. Psychologiquement, c'est une épreuve, car il a parfois l'impression de perdre la raison et peut être incapable de dire laquelle de ses vies constitue son identité actuelle durant ces phases. Ces symptômes sont proportionnels à l'abus de magie et peuvent se calmer au bout d'une période prolongée sans y faire appel ou d'une façon très parcimonieuse. Enfin troisièmement, à cause de l'essence de ce que Sieghart recèle en lui et de ce que cela représente, il est le siège d'une très grande énergie vitale, qu'il a parfois du mal à canaliser et participe à son caractère agité. A l'image des phénix ou des vampires, il est un met de choix. De grandes quantités de sang ou d'énergie vitale absorbées peuvent faire légèrement rajeunir celui qui le boit. Pour le bien de l'incube il vaut donc mieux que cela ne se découvre pas. Si quelqu'un venait à le tuer comme ça, il pourrait gagner un allongement de son espérance de vie. Hélas, il se peut que quelques personnes dans le monde le sachent à force de réincarnations et viennent lui rendre visite si elles entendent parler de lui.

Sieghart a développé sa magie assez tard, il explore donc encore ses limites et le champ des possibles qu'elle lui offre. Il a beaucoup à apprendre encore.

Il est des choses qui, une fois qu'on y a touchées, s'impriment dans la psyché et la chair en des contours indélébiles, en un murmure plein de promesses dont on ne se défait plus et qui finissent par se fondre dans le décor du quotidien avec l'assurance d'une habitude bien rodée. Chez Sieg, assurément, ces choses sont les armes. S'il porte une grande attention quant aux soins de leur entretien, il les manipule pourtant avec une dextérité pleine d'indifférence, qui s'est affranchie depuis longtemps du sentiment de crainte révérencieuse qui entoure tout ce qui a été forgé pour tuer. Ses armes sont deux Beretta M9, sentinelles encadrant ses flancs du froid implacable de l'acier. Parfois, l'une se dissimule à la taille, prête à surgir, ou se pare des atours de la guerre : silencieux, torche ou visée laser. Et, dans leurs entrailles, seize morceaux de métal patientent : quinze dans le corps, une prête à cracher.





défaillances psychologiques

Sieghart, c'est comme un tourbillon de chaos et de feu que l'on aurait vêtu d'un manteau de peau, mais un manteau trop étroit pour contenir l'essence qui le compose. Il est fait d'une sorte de maelström ardent qui jamais ne s'arrête, une frénésie qui se consume et qui, profondément en son sein, couve le bouillonnement d'un quelque chose de sauvage et d'indompté. Il est une révolte farouche faite de passions et de violence, insolente indiscipline qui parfois jaillit et s'embrase, gerbe éphémère de flammes et de liberté, avant de se disperser et de s'éteindre. Il a toujours été comme ça, Sieghart, du moins depuis qu'il a été récupéré par la Congrégation, et les évaluations psychologiques de son dossier ont longtemps été parsemées du même genre de remarques portant à préjudice : « insolent », « potentiel non exploité », « refus de l'autorité », « prédispositions à la violence ». Une témérité certaine et le désir incontrôlable de franchir les interdits, de se sentir vivre par la transgression des règles que la société pouvait imposer. De se jeter dans l'inconnu à l'aveugle et de s'élancer au devant des choses.

Il n'est pas fait pour une vie tranquille et bien rangée, faite d'une routine prévisible et sans heurts. Il se nourrit de la substance même du monde, il se saisit de tout ce qu'il peut et en jouit comme si demain n'existait pas. Il ne consomme pas les choses, il les consume, intensément et souvent dans les excès. Sa psyché a besoin de ces pointes d'adrénaline, de ces moments d'incertitude où tout semble pouvoir basculer. Il a besoin de ressentir ce frisson sur sa peau comme les soirs d'orage en plein été. Dans la chair et dans le cœur, aussi. Son dossier mentionne tout ceci, et en vient à la conclusion la plus logique qu'il s'agit là probablement des séquelles de ce qui lui est arrivé dans sa jeunesse, une façon d'expurger régulièrement la colère et la violence qui s'accumulent en lui. Que c'est quelque chose qui passera avec le temps, mais qu'il faut en prendre garde et que, par essence, la nature même de tels élans empathiques présente un terrain « à risques » qu'il faut surveiller. Et c'est quelque chose qui le fait enrager, d'entendre ça. Ces gens qui pensent savoir et qui jugent, qui estiment connaître la forme de son esprit et deviner les rouages de sa pensée. Ça n'en provoque en lui qu'une hargne plus grande encore. Ce comportement s'est estompé au fil des années de service et de la construction de sa vie de famille mais certaines de ces tendances destructrices resurgissent lorsqu'il traverse une mauvaise passe. C'est d'autant plus vrai lorsqu'il n'est plus au sein d'une structure qui aide à le cadrer, le laissant ainsi doucement dériver. Hélas, dernièrement, sa psychologie s'est beaucoup dégradée et plusieurs de ces vieux réflexes sont remontés avec violence à la surface.

Car c'est souvent comme ça qu'il marche, par le conflit. Il a le penchant biaisé et périlleux de ceux qui ont besoin de se mettre en danger pour exister. Toutefois, il appris à dominer ce besoin urgent en lui, grâce au cadre de discipline et d'autorité que lui imposait la Congrégation et les divisions des missionnaires. Il s'est apprivoisé lui-même, en quelque sorte, et s'il accepte en temps normal difficilement l'autorité et la discipline, quand il parvient à canaliser cette énergie débordante qu'il a en lui, il fait preuve d'une détermination et d'une efficacité rares et s'avère alors être un excellent élément.

Mais il serait injuste de n'attribuer à Sieghart aucune des qualités qui font l'homme qu'il est aujourd'hui. Sa mentor et sa formation lui ont transmis plusieurs principes auxquels il reste encore aujourd'hui très attaché. Voir la déception dans les yeux de sa tutrice serait douloureux pour lui et elle est une des personnes qui a eu le plus d'influence sur ce qu'il est devenu et comment. En tant qu'incube, il s'impose des règles morales très strictes. S'il joue parfois de son insolence charmeuse pour profiter des plaisirs de la chair, il n'usera jamais de son don de fascination pour parvenir à cette fin, c'est une perspective qui le dégoûte. Quand il se nourrit, il le fait soit au cours de relations sexuelles consentantes, car c'est encore le contexte dans lequel embrasser une personne inconnue passe le mieux, soit il use de sa capacité à fasciner pour envoûter quelqu'un et lui prendre un peu d'énergie. D'aucuns s'insurgeraient d'utiliser ainsi des moyens de coercition mentale pour se nourrir mais son point de vue sur ce sujet est très clair : se nourrir pendant une relation sexuelle est certes très pratique, mais dangereuse car c'est un contexte dans lequel il est difficile de conserver un contrôle sur sa faim à cause de la perte de contrôle due à l'excitation. Son état psychologique joue également sur sa capacité de contrôle. De plus, ce n'est pas spécialement agréable d'être forcé de partager l'intimité d'une personne pour pouvoir satisfaire ce besoin vital et s'il n'a pas faim de chair alors il refuse catégoriquement de se prostituer pour manger. Pour toutes ces raisons, il préfère encore fasciner une personne sans lui faire de mal ni lui voler trop d'énergie, le plus naturellement possible, et il se refuse avec conviction de profiter de l'état vulnérable que cela induit.

De même, Sieghart, bien qu'il puisse parfois paraître distant ou indifférent, reste en général très loyal et protecteur envers les personnes qui lui sont très proches ou ses compagnons d'armes. Il n'est pas du genre à abandonner une personne sur le champ de bataille et il n'a pas l'arrogance de mépriser ceux qui sont plus faibles que lui et qui combattent avec lui. Il va au contraire avoir tendance à les aider et à les pousser vers l'avant même s'il peut parfois se comporter très durement pour ce faire. Il est très exigeant envers lui-même, alors avec les autres aussi. Bien qu'il lui arrive de faire dans une certaine provocation, en tant que missionnaire il reste très respectueux envers la vie de ses ennemis. Il ne va pas chercher à faire un carnage juste parce qu'il a le droit, ni à tuer inutilement. C'est une limite morale qui reste très importante chez lui. Néanmoins, ne le croyez pas incapable de tuer ou de blesser, c'est déjà arrivé même si rarement etin il reste sans hésitations devant des individus dangereux qui n'offrent aucune autre alternative. On ne joue pas avec la vie des autres, c'est son principe, valable dans les deux sens.

Cela dit, Sieghart a beaucoup changé depuis environ un an et demi et son départ de la Congrégation. Il a perdu la stabilité et l'apaisement qu'il avait trouvé et actuellement il se trouve dans un doute profond. Il est complètement désœuvré et cette espèce de violence intérieure qu'il avait réussi à étouffer depuis toutes ces années est revenue à temps plein. Il est mentalement plus fragile que ce que son orgueil laisse percevoir ou que ce qu'il a été pendant qu'il était missionnaire et il est en pleine introspection personnelle. Il a une grande douleur à l'intérieur de lui et il ne sait ni comment l'exprimer ni comment l'accepter. Il flirte de plus en plus avec des limites qu'il n'avait pas franchies depuis longtemps voire jamais et fait face à de nombreux bouleversements inédits, entre l'apparition de sa magie qu'il doit apprendre à gérer et sa relation nouvelle mais très proche avec Yh-Ibenseth, son familier. Pour le moment, il cherche surtout un sens à ses actes et à son existence, une motivation qui puisse lui donner une volonté pour le pousser hors de cet immobilisme dans lequel il est empêtré.





vêtu d'un manteau de peau

Il y a, chez Sieghart, l’existence d'un quelque chose de saisissant, l'allure éclatante mais furtive d'une fascination subtile qui se glisse, ici et là, dans une parole ou un regard. On l'aperçoit, quelquefois, au détour d'un geste, dans le creux de ses pas ou dans l'attention qu'il vous porte soudain. Nuls artifices toutefois, ce n'est là que l'apanage des grâces et des noblesses inhérentes à sa nature d'incube. Même dans la plus sauvage des bestialités il garde, en filigrane, la teinte troublante et éphémère d'une altière gravité. Cette caractéristique ne tient toutefois pas tant dans de quelconques critères subjectifs d'apparence mais plutôt dans l'harmonie certaine qui se dégage de ses traits et de la façon dont ils sont agencés.

Physiquement, Sieghart est en bonne santé. Ses années de service en tant que missionnaire lui ont laissé l'habitude d'une hygiène de vie saine et d'un entretien sportif régulier et plutôt discipliné. Ses épaules sont larges et sa taille mince, la musculature y est fine et dessinée mais sans toutefois développer des volumes exagérés. Sa nature le prédispose à une stature qui est plus celle d'un gymnaste que d'un buffle de musculation, c'est un combattant qui privilégie en effet l'agilité et la rapidité plutôt que la force brute. Pourtant, s'il dégage dans sa manière d'être l'image d'une certaine vigueur, celle-ci paraît rarement calme et est plus de ces choses qui semblent toujours sur le qui-vive, empreinte d'une tension permanente. En témoignent les quelques cicatrices qu'il arbore ici et là. Sieghart, on pourrait le comparer à un sabre japonais : la finesse d'un métal à la courbe élégante, qui invite au toucher mais qui pourtant coupe si l'on n'y prend pas garde. Car c'est un peu ça aussi, qu'il est, un regard parfois ambigu dont on ne sait que tirer. Un incube, pour certains, qu'est-ce sinon une bête sauvage dissimulée sous le vernis de la civilisation ?

Son visage est ovale, la mâchoire fine bien que quelque peu anguleuse et ses lèvres minces se parent souvent de l'insolence d'un sourire éclatant. Tantôt séducteur, tantôt moqueur, mais rarement sincère. Ses yeux sont d'un bleu céruléen qui laissent parfois apercevoir quelques légers reflets de vert. Si ses cheveux sont d'un noir de jais aux vagues reflets bleu sombre, une mèche rebelle au milieu du front est presque blanche. Il ne saurait dire d'où cela vient, il a cette caractéristique présumément depuis la naissance et c'est quelque chose qu'il déteste profondément. Elle lui provient en réalité de sa magie. Chose remarquable, on peut détailler ses mains dont le bout des doigts peuvent, s'il le souhaite, se transformer en griffes acérées de quelques centimètres, suffisamment dangereuses pour éventrer la chair et tuer quelqu'un. Quand cela arrive, l'apparence de ses mains et de ses avant-bras change légèrement, à mi-chemin entre la bête et le monstre. Enfin, son style vestimentaire reste plutôt dans le classique de Vanerzame : pantalons, vestes en cuir, t-shirts ou débardeurs, gants de moto et chaussures ou bottes. Pas grand chose d'extravagant. S'il doit se lancer dans des activités dangereuses il porte une combinaison renforcée en kevlar qui lui sert d'armure qu'il a gardé de son passage à la Congrégation.





une empreinte tracée dans la chair comme une cicatrice


   Avril 2017 - Hong Kong
L'élan de passions barbares et pleines de fiel
La chaleur, insupportable. Invisible menace, elle enfle dans une atmosphère déjà lourde du grondement des bêtes. Elle enveloppe et étouffe, asphyxie, semblant jaillir en flots ininterrompus du centre de l'attention où sont portés tous les regards, où sont projetées toutes les violences. Le frémissement animal qui court sur la peau, l'instinct dans les chairs, en ce lieu où la raison et la mesure sont les cadavres sur lesquels fleurit l'élan de passions barbares et pleines de fiel. L'air est pollué des effluves de sueur et de sang, de fumée et de bière. La fosse, cernée d'une folie primitive, attire toutes les haines, tous les cris, et montent en une cacophonie pleine de révoltes les invectives crachées là comme des déchets dans une benne. Ils sont ici pour leur dose, eux, tout autour, ces visages creusés par l'excitation, tordus en un diptyque surnaturel fait des contrastes d'ombre et de lumière. Ici pour le shot éphémère d'adrénaline qu'ils éprouvent devant le spectacle sordide de deux êtres qui s'aliènent dans une agressivité primaire, sans autre but que de s'abîmer dans les excès. C'est une procuration de la violence par l'argent, une façon de vivre le combat par projection. Un pas dans l'arène mais sans pourtant jamais n'y entrer. Ils sont là pour l'espoir d'arracher à toute cette démence une parcelle de folie, de cette essence brute et destructrice qui vous fait vous sentir en vie. L'alcool, la drogue, le sexe, rien n'a jamais aussi bien fédéré que le sang.

Le rempart de mes avant bras dressés devant mon visage, poings fermés, je sens l'humide des fluides qui coulent le long d'un front encombré par des cheveux mouillés. Sueur et sang. Une goutte après l'autre. Sang et sueur. Elles parcourent cette tempe brillante qui palpite, viennent caresser le dessin fugace d'une mâchoire avant de s'engouffrer dans les ravines d'un cou tendu. Elles parsèment le sol en de fines constellations de guerre traçant le chemin des deux lions enragés qui se tournent autour. L'acéré d'un regard plein d'une fureur froide est jeté à la face de mon adversaire, promesse pleine d'insolence, profitant de ces quelques secondes de répit pour reprendre ma respiration. La poitrine brûlante, le cœur affolé, ce n'est pourtant que maintenant que le véritable frisson débute. Toutes ces échauffourées, toutes ces douleurs, n'ont eu d'autre but que d'en arriver à ce point précis. Aux abords des limites du corps, sur l'arrête du gouffre de la bestialité. Pupilles dilatées, j'aperçois l'écho fugace des choses qui ne remontent jamais à la surface, la silhouette des monstres que notre éducation tente de civiliser. Ramassé sur moi-même, je ne sens plus la lèvre fendue qui irradie comme une aiguille dans la bouche, les phalanges douloureuses ou mon flanc embrasé. Les traces de mon humanité ne tiennent plus que dans un short et des gants de vélo, pas plus. Tout le reste ne se résume dès lors qu'aux mouvements rapides des jambes et le roulement des muscles sous une peau luisante. Encaisser et frapper. Résister et briser. Plonger dans les eaux troubles d'un trip sous acide, expurger ce cri animal qui se débat pour éclater au grand jour, qui dévore les poumons et les entrailles pour se faire entendre. Je suis un amas d'os, de sang et de chairs, une boule de nerfs parcourue des décharges électriques de la colère. Je suis une pulsion, un état primordial, à qui on a donné un nom et vêtu d'un manteau de peau.

Un geste fluide, un mouvement de jambe et une prise à la nuque pour bloquer mon adversaire. Un, deux, trois coups viennent percuter la masse de chair dans ses côtes, tandis que ses propres poings tentent de briser ma tenue abdominale, de me faire perdre mon souffle et dégueuler ma force. Quelque chose craque. Ses côtes ? Mes phalanges ? Je ne saurais le dire. La pompe à adrénaline est grande ouverte, le cerveau inondé par l'addiction irrationnelle d'un quelque chose qui le détruit. Animé d'une furieuse envie de faire mal, ça n'a strictement rien de personnel mais tous mes gestes, tous mes efforts, toutes mes intentions ne sont plus qu'une pointe chauffée à blanc et tendue dans cet unique et ultime but. Voilà ce que crie tout mon corps, la fureur d'une colère qui jamais ailleurs ne doit sortir. Un quelque chose de sinistre au goût de trop dangereux, hurlant en silence une réalité terrible qui aussitôt se perd dans le chaos ambiant. Une algarade lancée là à mon adversaire, à cet ennemi opportun, qui lui affiche l'évidence d'une vérité cruelle et gratuite et lui dit, clairement, qu'il va payer pour tout les autres.

   Juin 2003 - Paris
Quelque chose d'inexprimé qui coule dans ses veines
L'allure contrariée d'un soupir d'adolescent s'échappe de la poitrine du jeune homme, protestation à demi mot, venant troubler la quiétude sereine et feutrée des lieux avant de se faire étouffer par l'indifférence de celle qui se tient devant lui.

_ Ça fait partie de ton apprentissage Sieghart. Tôt ou tard, on en vient tous à passer par là et plus tôt ce sera fait, plus facile ce sera pour toi ensuite. »

Les yeux de sa tutrice s'attardent sur les traits juvéniles où commencent à s'esquisser les formes d'un quelque chose de plus adulte. Ils cherchent à accrocher le bleu d'un regard fuyant et borné, à percer la réluctance farouche qui s'oppose à l'exercice. Plus facile pour la suite, certes, mais surtout une voie qui, elle l'espère, permettra au jeune homme de tisser un lien de compassion et d'amitié, de réaliser une étape de plus pour le faire mûrir et lui apporter, peut-être, une certaine forme d'apaisement.

_ Je m'en fous. Je veux pas de lapin ou tortue qui parle, c'est complètement débile. »

L'insolence caractéristique pointe de nouveau dans le ton et les yeux, mise à l'épreuve permanente de ces limites qu'il s'échine à franchir, entre l'élève et le maître, entre le pupille et la tutrice. Avec cette figure d'autorité qui est pourtant, peut-être, la seule qu'il accepte. Mais à son impétuosité elle n'oppose jamais rien d'autre qu'un océan de calme et de sagesse, une non violence contre laquelle il se fracasse et s'éteint toujours dans de vains efforts.

_ Tu préfères qu'on parle de ta dernière fugue peut-être ? De cette soudaine envie de visiter le sud de la France ? »

Un silence contrit pour toute réponse, pesant, dans l'attente résignée de ce qui s'en vient ensuite. Ce n'est pas la première fois qu'il tente de fuir, pas la première fois que des agents sont envoyés le récupérer. Hélas, ce n'est certainement pas la dernière, malgré la difficulté à se nourrir intrinsèque à sa nature d'incube. Faute d'une nouvelle manifestation subtile et grommelante de la part de l'adolescent de quatorze ans, elle considère cet espace entre les mots comme un accord implicite.

_ Et donc, ce n'est pas l'apparence qui compte, méfie toi. Certains familiers sont des appuis non négligeables pour leurs maîtres, et peuvent être des adversaires redoutables. Considère que la forme d'un tel être magique n'est qu'un reflet de la personnalité de celui ou celle à qui il est lié. Mais, avant toute autre chose, tu dois bien comprendre que ce sont des êtres vivants et pensants à part entière. Ils ont besoin de manger, de dormir, de respirer, mais également d'attention, de nouer des liens, de jouer... Ils éprouvent la joie et la peur, la colère, la peine, la compassion. Les percevoir comme de simples outils serait une grave erreur et les exploiter c'est prendre le risque qu'un jour ils deviennent ton plus grand ennemi. Nourris les avec de la haine et ils te détruiront. »

Il écoute. Avec une concentration discutable mais il écoute malgré tout. Comme pour la plupart des choses Sieghart décroche dès qu'il s'agit de rester assis plus de cinq minutes en suivant vaguement les flots théoriques d'un savoir qui semble sans fin. D'aucuns diraient que c'est un adolescent turbulent et sans discipline, elle trouve plutôt qu'il a fait des progrès. Il a toujours cette révolte véhémente en son sein, ce quelque chose d'inexprimé qui coule dans ses veines avec une énergie faite de feu et de violence, mais elle s'est promise d'en faire quelqu'un de bien avant sa majorité. Ce n'est pas qu'une question de remplir son rôle au sein de la Congrégation, non, c'est beaucoup plus personnel que ça. C'est l'essence même de ce en quoi elle croit, des valeurs qui lui ont fait choisir l'éducation plutôt que la répression. Elle va en faire quelqu'un de bien, parce que chaque être a droit de retrouver la lumière quand il s'est perdu. Elle a l'habitude des étudiants difficiles, de suivre des jeunes qui ont besoin de repères. Ce n'est pas le premier ni le dernier,  mais depuis presque quatre ans maintenant qu'elle le suit, elle s'est attachée à lui peut-être plus que les autres. Ce n'est pas de règles et de sanctions dont son pupille a besoin, mais d'humanité.

_ C'est vrai qu'ils peuvent rentrer dans ta tête ? »

Une question un peu saugrenue mais qui n'était pas sans contenir un fond de vérité. Au moins avait-elle réussi à l'intéresser, fut-ce par une crainte infondée.

_ Non. Il existe un lien télépathique naturel qui s'établit entre le maître et son familier, permettant aux deux de communiquer, mais rien d'aussi invasif ni qui ne puisse se repousser avec l'habitude, rassure toi. »

Un froncement de nez habilement dissimulé, mais qui n'échappe désormais plus à l’œil avisé de celle qui veille sur lui. Elle le laisse venir sans le presser, devinant déjà les contours d'un conflit interne.

_ Pourquoi on appelle ça un maître, si les familiers sont intelligents ? Ils ne sont pas libres ? Est-ce qu'ils sont obligés d'obéir ? »

Elle l'observe, attentivement. Elle sait que ces choses le hérissent et qu'il y réagit toujours très mal. Que c'est en partie une raison pour laquelle il s'est déjà soustrait plusieurs fois de l'académie de la Congrégation : l'impression désagréable de ne pas percevoir ce lieu comme un foyer, de ne pas se sentir libre et de voir sa vie aliénée par les autres.

_ C'est un abus de langage. Tous les familiers et tous les maîtres ont leur caractère. Certains sont très indépendants, d'autres très attachés. D'aucuns les considèrent comme leur égal, d'autres, il est vrai, non. Il y en a qui les considèrent comme leur âme-sœur ou comme une partie matérialisée de leur subconscient. Au final, cela importe peu face à la façon dont tu vas le considérer. Respecte le et essaie de trouver une complémentarité en lui, un quelque chose de différent mais dont tu auras besoin pour trouver un certain équilibre tout comme lui va chercher en toi ce qui lui correspond. »

Quelques secondes de silence qui s'étirent l'une dans l'autre. Le jeune homme la regarde toujours d'un air peu convaincu. Elle sait qu'il n'a pas envie de rentrer dans le cercle magique, pas envie de « se retrouver avec une bestiole qui passe son temps à bouffer et à dormir » et plein d'autres choses encore, mais elle suspecte également qu'il y soit réfractaire pour des raisons peut-être plus obscures.

Elle lui fait signe d'entrer à l'intérieur du cercle de pouvoir, il en franchi la barrière, une certaine appréhension dans le geste.

_ Pourquoi t'en as pas si tout le monde le fait ? »

L'éclat fugace d'un quelque chose de mélancolique passe, l'espace d'un instant, dans le regard de sa référente avant de disparaître. Furtivement, mais il a eu le temps de comprendre qu'il n'aurait peut-être pas dû poser cette question.

_ Et bien ils sont comme nous, mortels. Maintenant assieds toi, ferme les yeux et concentre toi. »

Il s'exécute, prenant place au centre du premier cercle, face au second. Sa tutrice hors de son champ de vision, ses yeux détaillent un instant les sceaux tracés au sol avec une certaine curiosité. Comme d'autres avant lui, plusieurs centaines d'étudiants se sont assis ici au fil des ans.

_ Devant toi se trouve le cercle-reflet de celui dans lequel tu te trouves, tu peux y matérialiser quelque chose ou y convoquer un être avec suffisamment de concentration et de volonté. Toutefois, cela ne se fait pas sans un certain effort et pour arriver à un tel résultat tu dois projeter ta conscience au sein du second cercle. Tu dois l'emplir de ton existence jusqu'à ce que tu deviennes le cercle. Les sceaux sont un guide qui te montreront la forme à prendre et t'aideront à te canaliser. Une fois ceci fait, tu dois imprimer un élan à ton âme, une mise en mouvement afin que ton essence spirituelle imprègne toute chose au sein du lieu de convocation et l'irrigue de façon cyclique. Par cette inertie, les perturbations engendrées par le flux d'énergie vont se répercuter les unes dans les autres et commencer à dessiner les motifs d'une conscience complexe. Cette conscience, il faudra que tu l'aides à émerger. Mentalement et physiquement. »

Essayant de construire une représentation mentale du concept qui lui était décrit, le jeune Sieghart arrivait tant bien que mal à se représenter la chose qui, dans sa tête, n'avait pour le moment que la forme instable et vulgaire d'un patatoïde sur le point de s’effondrer sur lui-même. Mal à l'aise, il n'était pas très certain de réussir l'exercice, ni même de le vouloir. Comment une chose en apparence si simple pouvait-elle paraître si compliquée ?

_ C'est... Comme une naissance ? »

La pointe d'un sourire vient effleurer le bord des lèvres de sa tutrice.

_ Non. Comme un accouchement. »

   Août 1995 - Thaïlande
L'abîme des heures interminables
Le bruit répétitif et métallique 1081 des machines tamponne dans l'atmopshère en une agression sonore omniprésente, rythme constant qui régit toute chose de l'existence en une saccade précise et industrielle. La rumeur monstrueuse de l'ensemble emplit 1082 le moindre espace, le moindre interstice, imbibe la trame du 1083 réel jusqu'à ne plus pouvoir s'en faire dissocier. Dès lors, on ne la remarque plus que lorsqu'elle s'arrête, retour au calme et à un silence éphémère 1084 mais providentiel qui laisse soudainement entendre l'écho illusoire d'un fond sonore infiltré jusqu'entre les pensées. L'absence 1085 d'air frais rend chaque geste difficile et lourd et chaque mouvement, aussi infime soit-il, va à l'essentiel, effort minimaliste empreint de 1086 la perfection d'une habitude répétée encore et encore, des dizaines, des centaines, des milliers de fois. Devant, une chaîne automatisée approvisionne les différents éléments. 1087 Elle dégueule, sans fin, encore et toujours dans un interminable mouvement les morceaux des choses à percer, 1088 à couper, à clipser, à vérifier, à ranger. Les yeux parcourent la chose avec le bleu d'un regard éteint, traquant l'ombre d'un 1089 défaut, la marque d'un accro ou d'une facture erronée. Tout ne se résume plus qu'à ça. Percer, couper, clipser, vérifier et ranger. Mille quatre-vingt-dixième pièce. L'action est automatique et préprogrammée, la réflexion absente, évadée loin d'ici pour s'empêcher l'abîme des heures interminables passées à 1091 ne rien faire d'autre que compter le passage du temps. S'oublier dans une contemplation du vide lui-même, dans l'absence de toute substance, sans sens ni 1092 espoir.

Il n'a pas envie d'être là. Ils n'ont pas envie d'être là. En face, la présence permanente mais silencieuse d'une fille un peu plus âgée que lui. Parfois, ils se 1093 jettent l'éphémère d'un regard, d'un quelque chose d'inexprimé teinté d'un mélange de crainte et de complicité. Ils ne parlent jamais, ils n'ont pas le droit. Mais dans cette incessante 1094 et insupportable succession de répétitions, elle est le seul élément qui puisse briser la monotonie écrasante de journées trop longues. Shanti, qu'elle s'appelle. Elle 1095 parle la même langue que lui ainsi que certains autres enfants, pas cette espèce de baragouin sauvage et incompréhensible dans lequel s'expriment ceux qui les surveillent. Elle, lui et tous les autres, il a bien compris 1096 qu'ils avaient quelque chose de différent. Quelque chose de pas normal aux yeux des humains, qui les rendait à la fois précieux, inférieurs et 1097 dangereux. Parfois, des nouveaux arrivent. Parfois, les hommes qui régissent leurs vies viennent en examiner un et lui posent des questions. Parfois, 1098 ils l’emmènent. Il ne sait pas où. Il ne sait pas pourquoi. Il ne veut pas savoir. Tout ce qu'il sait, c'est que si tu ne travailles pas assez rapidement tu ne seras pas nourri, et si tu n'es pas 1099 nourri tu travailleras plus lentement. Attirer l'attention, ici, ça veut dire se prendre une beigne sur la gueule, et c'est la première des choses qu'ils s'assurent que tu piges quand tu arrives. 1100.

   Juin 2003 - Paris
Dans un silence plein d'orgueil
L'incertitude d'un quelque chose d'inconcevable et d'un peu dégoûtant flotte sur les eaux des pensées de Sieghart tandis qu'il assimile ce qui vient de lui être dit. Les autres n'ont jamais parlé de mettre au monde quoi que ce soit. Le concept abstrait du patatoïde mental qu'il avait construit prit soudain des allures de nourrisson flétri et tout juste né, encore souillé d'un liquide chaud et collant, la peau marbrée d'éclats violacés et l'esquisse d'une douleur terrible dans la chair le titilla un instant. Il n'était plus ni prêt ni serein.

_ Attends, ça... Ça va sortir de moi ? Comme l'Alien ?? »

L'espace d'une fraction de seconde sa tutrice se demande de quoi il parle, puis elle comprend. Quand diable a-t-il vu ce film ?

_ Non, certainement pas. C'est un processus entièrement spirituel et il n'y a aucune douleur. Tout ce que tu dois faire, c'est réussir à l'initier, le reste se fait ensuite naturellement. »

Sceptique, il déteste montrer une quelconque crainte mais il déteste aussi particulièrement l'idée d'accoucher d'une tortue qui parle.

_ Je ne comprends pas comment il faut faire. Il suffit d'imaginer ? »

C'est là tout le moment qu'elle redoute. Ça peut paraître simple et stupide dans le principe, mais amener Sieghart à faire un effort là dessus sera peut-être plus ardu que prévu car sa réticence risque d'avorter toute réussite. Et les dieux savent qu'il peut-être sacrément borné.

_ Presque. Je veux que tu te concentres, que tu fasses le vide dans ta tête. Et inutile de faire semblant ça ne marchera pas. Respire profondément et imagine quelque chose que tu aimes bien. Quelque chose qui te fasse plaisir. »

Le jeune homme s'exécute, un peu méfiant, se faisant la réflexion qu'imaginer ne plus être ici serait très probablement contre productif même si ça lui ferait plaisir. Il essaie de penser à un élément qu'il aime bien, mais ne manque pas, l'instant d'après, de trouver la chose complètement stupide, alors il arrête et se contente d'attendre la suite.

_ Cherche dans tes souvenirs un élément précis. Quelqu'un, un jour, un évènement, ce que tu veux, à partir du moment où cet élément est marqué par un sentiment de bonheur ou de joie profonde. »

Il ouvre un œil, sourcil froncé.

_ Quoi ? Qu'est-ce que ça a à voir avec tout ça. »

La chose, déjà, l'irrite profondément.

_ C'est précisément le cœur de l'exercice, Sieghart. Dans ce genre de souvenirs réside une empreinte précieuse, une émotion capable de provoquer la mise en mouvement dont je te parlais. En te concentrant sur la lumière d'une telle chose, tu pourras la faire rayonner à travers le second cercle. »

Il tourne la tête pour la regarder, assis au centre du cercle de convocation. Il tente de déchiffrer sur son expression les signes d'une quelconque farce. Est-ce qu'elle essaie de le piéger ?

_ C'est quoi cette histoire, le pouvoir d'amour des princesses Disney ? »

Elle croise les bras, reste calme. Son visage n'exprime rien d'autre que le regard concerné de quelqu'un qui a à cœur l'éducation de celui qu'elle considèrera un jour presque comme son fils.

_ Pas du tout. C'est la même chose pour tout le monde. »

_ Mais... »

_ Mais quoi ? »

Il hésite un instant.

_ C'est ridicule... »

Elle l'observe et l'espace d'une seconde se dit qu'elle aurait peut-être dû attendre encore un peu.

_ Tu diras ça à l'être qui va naître dans le second cercle. J'espère pour toi que ce ne sera pas un monstre et qu'il aura le sens de l'humour. »

Un moment de flottement plein d'hésitation, elle peut quasiment lire la pensée dans les yeux de son élève qu'il n'ose pas élever à voix haute devant elle.

_ Écoute Sieghart, tu connais les bases de notre accord. Je n'essaie pas de te duper ou de me moquer de toi sinon la confiance que tu places en moi n'aurait plus aucune valeur. La magie obéit à des règles précises et particulièrement celle-ci. Alors fais moi confiance et laisse moi te guider. »

Il détourne le regard, les yeux obstinément fixés droit devant lui dans l'immatériel d'un fond de salle sans intérêt. Il pourrait tout aussi bien s'en aller que cela ne servirait à rien, si ce n'est retarder l'échéance de quelques heures ou quelques jours tout au plus. Finalement résigné, il l'annonce.

_ Je suis prêt. »

Il sait très bien qu'il faut un sentiment heureux pour invoquer un familier, tout le monde en parle parmi les élèves à mesure que chacun invoque le sien. Il a cherché, Sieghart, mais hormis des choses futiles et sans intérêt réel, il n'a pas trouvé de réponse, voilà la vérité.

_ Alors, concentre toi. Inspire, expire. Laisse le flot de magie circuler à l'intérieur de ton corps et s'exprimer d'un cercle à l'autre. »

Il s'exécute. Il fait le vide. Il laisse le silence entrer dans sa chair et ses os, entre ses pensées, ne se focalisant plus que sur la voix de sa mentor. Peut-être qu'avec son aide il pourra réussir, qui sait. Peut-être qu'en suivant la voie qu'elle va lui montrer il pourra invoquer ce familier qu'il désire tant en secret. Pour être normal, pour prouver aux autres qu'il n'est pas qu'un vilain canard ni un adolescent insolent et insupportable. Qu'il n'est pas un bon à rien. Au sol, le tracé mystique se met à luire progressivement, les arabesques des dessins et arcanes semblant presque se mouvoir avec une extrême lenteur.

_ C'est bien. Maintenant isole un souvenir que tu apprécies, qui t’apaise ou t'apporte une joie que tu n'as pas pu oublier. »

Un souvenir heureux, c'est tout ce qu'il faut. Il entend encore, ici et là, les insupportables remarques captées au hasard des conversations, qui ne manquaient pas de faire jaser à chaque fois qu'un élève s'en revenait avec la nouveauté d'un familier.

_ Explore ce que tu as vu, appris, la découverte de Vanerzame et ses merveilles, la multitude de choix qui s'offrent dans des mondes sans limites. »

J'ai pensé au jour où ma mère m'a offert mon chien. Insupportables banalités. Moi c'était la première fois que j'ai découvert ma magie.

_ Il n'y a rien. »

Niaiseries communes et étrangères. J'ai pensé à l'amour. En boucle, toujours, ces fragments intimes conservés au plus profond des gens. Le jour où j'ai appris que j'allais à l'académie ! Trouver un sentiment heureux.

_ Pense aux liens que tu as forgés, aux amis que tu t'es fait et les bons moments qui y sont associés. Les personnes que tu as rencontrées et ce qu'elles t'ont apporté. »

Les amis qu'il s'est fait. Est-ce qu'on peut appeler ça des amis ? Des individus épris d'une façon de vivre qui lui est complètement étrangère dans une culture qui lui est étrangère. Des gens qui vont et viennent, partent pendant les vacances, retournent dans leurs maisons pour voir leurs familles. Des relations, bien sûr qu'il en a, mais des amis ? Des gens auxquels il tiendrait si fort qu'ils mettraient en mouvement son âme ? J'ai pensé à mon copain et à nos trois mois.

_ Il n'y a rien. »

Rien d'autres que cet agacement, cette frustration devant ce qu'on ne cesse de lui répéter. Un souvenir heureux. Un quelque chose du bonheur. Une lumière dans la tête. Toutes ces merdes encore et sans cesse, comme si tu n'étais pas normal en échouant cette épreuve. Tu n'es pas heureux, toi ?

_ Pense à Eclypteth, à ceux que tu as connus avant. Pense à ta famille et à ce que tu ressentiras quand tu les retrouveras. Pense à tes parents, à ta sœur. »

Dans le cœur, le creux d'un écho qui résonne avec autant de sens que le vide. J'ai pensé à ma famille. Eclypteth et ses racines. Eclypteth et cet « avant ». Bien sûr qu'il s'en souvient. Il se souvient du moindre détail, du moindre bruit. Ne pas y penser est comme ignorer la lumière quand on ouvre les yeux en plein soleil. Penser à ne pas y penser c'est y penser par corollaire. Essayer de rester de marbre devant les fragments et les échos, les éclats et les échardes. Tes parents. Ils sont là où il les a laissés, exactement dans le même état qu'auparavant. Il n'y a rien à l'académie pour lui, rien qui provoque ce transport des passions qu'il attend. Rien qui ne l'ait enchanté au point d'en oublier pourquoi il avait atterri ici. Ta famille. Est-ce qu'on pouvait vivre sans ? Sans foyer, sans chez soi, sans ses racines ? L'impression lointaine mais tenace, en filigrane, qui toujours se rappelle dans les instants entre les silences, celle qui te dit que ce n'est pas chez toi, que ça ne l'a jamais été et que ça ne le sera sans doute pas malgré tous les efforts. Ta sœur. Il se souvient les visages, les crispations. Il se rappelle avec une acuité inhumaine les faces pleines d'avidité, de cette folie pleine de violence et dénuée du respect de la vie. Il se souvient, précisément, chaque détail. Les reflets des feux allumés, les ombres qui creusent les crevasses et les plis. L'écarlate qui lentement luit et se répand, imbibe la terre et trace l'épitaphe d'un assassinat. Il ne pensait pas que c'était si facile, pour un homme de mourir. Si facile de traverser les muscles, si facile d'être vulnérable. La chair est fragile et il suffit d'un seul geste pour nier tout ce qui peut faire l'humanité d'une personne, réduire toute civilisation à la somme d'instincts et de peurs. Réduire l'existence à néant.

Bien sûr, qu'il se souvient. Il se souvient de ce paroxysme et surtout d'une chose : des visages gravés au fer rouge dans le fond de ses rétines. De celui qui a mis le feu à celui qui l'a pris par la gorge pour le traîner ailleurs avec les autres. Des rires gras, des poings douloureux. Il se souvient avec le vide dans le coeur de quelqu'un qui observe les évènements de la vie d'un autre au travers du prisme d'une lentille. Avec un détachement lointain qui pourtant entretient la fournaise bouillonnante d'un quelque chose de terrible, d'un instinct primal et sans concession qui menace de détruire sans aucun autre but que la destruction elle-même. Jamais il n'oubliera ces visages. Oui, ça il s'en souvient, et ses parents et sa sœur sont toujours à la même place, là où il les a laissés. Ce sont des pantomimes, des corps sans visages dont les seules expressions sont ceux qu'il leur donne. Ici ou là, la sensation fugace d'une couleur de cheveux, du ton d'une voix. Sa sœur le dévisage, la peau lisse et sans âge. L'angoisse fébrile d'un quelque chose d'incontrôlé monte peu à peu, masse d'eau soulevée par les mouvements cyclopéens des monstres endormis sous la mer. L'incertitude des choses trouble ces scènes de la vie quotidienne qu'il essaie de rattraper. Ces morceaux d'« avant ». Mais la vérité est là, sans compassion ni chaleur, pleine d'un désintérêt propre à ces choses qui ne savent même pas que vous existez. Elle est là et elle résonne d'une interrogation qui se perd et jamais ne trouve de réponse. Leurs visages se sont effacés, irrémédiablement perdus. Le socle de ce qu'il était a été tronqué, et il le voit bien maintenant, la méthode pernicieuse et fantasmée dont il comble les trous. A-t-il seulement eu un jour une sœur ?

Il déglutit, la respiration saccadée. Il lutte contre lui-même de la plus horrible des façons pour réprimer dans la violence ces choses qui veulent sortir et qui pourtant ne font que perler dans un silence plein d'orgueil.

_ Je... Je ne m'en souviens pas. »




Dernière édition par Sieghart V. Eskelion le Dim 4 Juin - 1:19, édité 47 fois
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Sam 8 Avr - 16:54
 
 


une empreinte tracée dans la chair comme une cicatrice

   Septembre 1998 - Thaïlande
La rumeur sourde d'une douleur mesquine
Elles vont et viennent, les deux billes d'acier, en un regard qui dérive au gré des courants, attirées par le mouvement, accrochées par la lumière, sans cesse à la recherche de détails inutiles, de cette convergence d'éléments qu'il attend. Dans les entrailles gronde la rumeur sourde d'une douleur mesquine, bruit de fond omniprésent et qui jamais ne se tait, enfle avec la lenteur inexorable du jour qui passe, avec la certitude d'un mouvement qui jamais ne s'arrête. Dans la bouche, l'avide d'une sécheresse programmée. Sur la langue, l'amer du goût des choses offensées. Tout est devenu cycle, alternance de longues apathies entrecoupées d'éclats féroces, d'attentes rythmée de turbulents excès. Patienter, encore et toujours, avec ce gouffre qui se creuse de plus en plus jusqu'à en faire mal, jusqu'à en être insupportable. Jusqu'à ce que la faim dévorante prenne le pas sur toute autre forme de considération ou d'empathie et mène à un état qui ne considère plus les autres que comme ce qu'ils sont de la façon la plus pragmatique qui soit : des sacs de fluides, amas de chair et d'os, réservoir d'une énergie vitale salvatrice, promesse alléchante de combler enfin cette sensation de faiblesse qui ronge l'esprit et la force.

Dès lors, plus rien d'autre ne compte. Est-ce un crime que de vouloir survivre ? Quand la subsistance ne tient plus qu'à une réticence morale, on ne se pose pas la question, on le fait. Un parfum de peur émane de son sillage, les regards l'évitent. Même quand il n'est pas là le spectre de sa présence hante les esprits comme la promesse de ce qu'il risque de se passer. Voilà bien longtemps désormais qu'il ne s'échine plus aux ouvrages des petites mains. Plus depuis qu'on lui a assigné ce nouveau rôle, plus depuis qu'il a trouvé la place qui semble être la sienne. Plus depuis ce jour où la famine l'a fait presque tuer un de ses petits camarades pour faire taire l'infernale et permanente sensation de vide qui ronge son ventre. Ils sont deux ou trois, comme lui, à incarner l'instrument de la peur. A servir de motivation. Leurs bourreaux semblent s'en amuser, en tirer une certaine satisfaction. Parfois même une étrange sorte d'affection envers ces jeunes adolescents qui feraient tout pour qu'on leur donne n'importe qui a dévorer. Ils sont un peu leurs chiens de l'enfer, tenus par la laisse de la faim et scellés d'une muselière. Il n'y a pas de questions à se poser, pas d'initiative à prendre. Il n'y a que cet état de famine permanent. Il suffit de suivre leurs maîtres, d'attendre et de se faire oublier. D'endurer en silence. Ils rôdent, comme les promesses monstrueuses qu'ils incarnent bien malgré eux. Ils sont le bâton qui sert à battre, un châtiment plus ludique et rigolo. Il en est toujours pour s'étonner de la virulence avec laquelle de si jeunes créatures peuvent s'entre déchirer pour avoir leur part du gâteau. Et toujours il n'y a qu'à attendre, ce prochain infortuné qu'on leur jettera.

   Octobre 2006 - Paris
Petit pavillon tranquille
Quelque part, il aurait dû être content, d'atteindre sa majorité. D'être libéré de sa tutelle, d'être enfin considéré comme responsable et de pouvoir quitter cette académie sans plus personne pour remettre en cause son choix. Il pourrait tout simplement tout quitter, partir, dans un ailleurs peu importe où tant qu'il était loin de cette espèce de folie frénétique qui régnait parfois dans cet endroit. La satisfaction malsaine de pouvoir tout laisser tomber, tout envoyer en l'air pour se défaire de ces liens qu'il ne voulait pas toujours, comme pour leur dire qu'il avait raison, qu'au final il n'avait pas besoin d'eux. La mauvaise foi d'un sentiment obscur, irrationnel, teinté tantôt de frustration, tantôt d'un quelque chose d'immature. Il ne voulait pas avoir besoin d'eux. Pourquoi alors cette hésitation, là dans le cœur, comme un abcès enflé et difficile à crever ? Pourquoi alors, l'allure persistante d'un quelque chose d'inachevé ? Faire des études et trouver un métier, se poser quelque part, prétendre être un humain normal et mener une vie tranquille sur Vanerzame, vraiment ?

Non, au fond de lui grondait un quelque chose d'indocile, une insolence pleine de scandales et de défis, le désir d'un feu impétueux qui voulait mordre la vie à pleines dents, la dévorer toute entière et sans concessions, qui reléguait au placard les perspectives mornes et fades d'une vie faite de routine et de lendemains prévisibles. L'envie, à l'intérieur, d'arracher violemment tout ce qu'il pouvait et d'en profiter sans détours. Cette fougue il avait toujours eu du mal à la canaliser, et elle lui avait souvent porté préjudice, comme un éclat incertain dans le regard et qui parfois inquiète. Ce n'était pas quelque chose de mauvais, cependant, c'était plus comme vouloir aller trop vite, consumer les choses par les deux bouts, ne pas savoir exactement comment en profiter sans en mettre partout. C'était d'adrénaline, dont il avait besoin, pas d'un petit pavillon tranquille. Quelque chose en lui voulait se battre, forger cette violence intérieure pour prendre une sorte de revanche sur la vie et lui faire cracher jusque ses tripes. Dès lors, il savait quelle était sa voie toute tracée. Il ne serait ni banquier ni professeur, il ne serait ni boulanger ni commerçant. La connaissance sans autre but qu'elle-même ne l'intéressait pas, pour lui elle devait déboucher sur la mise en œuvre et l'action, elle devait avoir un impact réel. Il voulait être la force de frappe, le poing armé. Il voulait être de ceux qui protègent et préservent. Avec le recul il paraissait évident qu'il y avait, dans le fond, le désir inconscient de reproduire pour les autres ce que la Congrégation avait fait pour lui, la première fois qu'il les avait rencontrés. Oui, il allait entrer dans les divisions des missionnaires.

   Février 1997 - Thaïlande
Premier baptême du sang
Les yeux aveugles jettent sur la scène le même regard insensible et froid. Jamais ils ne jugent, jamais ils ne s'expriment. Seul compte le mystère de la mort qu'ils recèlent en leur sein et l'efficacité cruelle avec laquelle ils la dispensent. Les gouffres béants et sans âmes s'observent en chiens de faïence, mus par les poignes parcourues du tremblement fébrile d'un trop plein d'adrénaline. La majesté de l'instant tient dans le calme surnaturel qui s'en dégage, alors que le futur immédiat n'annonce qu'hémoglobine et carnage. Sur le fil invisible d'une lame, il est encore bien incertain de pouvoir dire qui gagne. Dans l'air, le frémissement subtil d'un trop plein de magie, au sol les tracés rouges comme des sillons qui se répandent entre les dalles du carrelage, mosaïque funeste d'écarlate et d'immaculé. L'écho du tonnerre a cessé. En face, l'ennemi s'est arrêté mais est toujours prêt à tirer. Comme suspendus au dessus des quelques corps qui parsèment ci et là la distance qui les sépare, des mots hargneux sont échangés. Il ne les comprend pas, mais il devine les injonctions, les insultes et les éclats voilés de menaces. Lui ne bouge pas, il ne dit rien. Il est là debout avec les deux autres chiens de l'enfer. Collés à leurs maîtres, ils semblent avoir enfin gagné un peu de valeur en devenant bouclier de chair. Qui oserait tirer sur des enfants ? Qui ne reculerait pas devant la menace effroyable de ces canons qui se posent sur leurs nuques. Après tout ne servent-ils pas à ça ? Servir la vie de leurs maîtres sans considération pour les leurs ? Sans broncher ils se laissent faire, dévisageant ces étrangers qui pointent leurs fusils sur eux. Il observe le regard de l'un et de l'autre, tour à tour comme pour tenter de dévisager les traits de leurs figures camouflées par les cagoules. S'ils hésitent, ont-ils déjà perdu ? L'éclat d'un quelque chose d'éteint passe dans les billes d'acier qui fixent le regard de ces ennemis. Silencieux, le coup d’œil est pourtant équivoque, invitation à en finir, à faire exploser les chaînes invisibles et étouffantes dans une gerbe de sang. Sur l'otage ou sur le bourreau, peu importe lequel survit, tant que cela met un terme à toute cette folie.

Et soudain la rupture. Brutale, imprévue, fugace. Il n'aura fallu qu'un instant, terrible et magnifique. L'éclat métallique d'un quelque chose d'acéré attire l’œil, flash de lumière aigu. Celui d'après, une giclée sanguine vient frapper la moitié droite du visage juvénile et lui offrir le premier baptême du sang. Le fluide s'échappe en un bond coléreux avec un battement de retard, comme s'il avait fallu au corps le temps d'assimiler l'existence de la blessure. Le dernier souffle s'échappe d'entre des lèvres surprises, les yeux s'écarquillent comme pour nier le pouvoir de la mort. Le trouble d'un mirage dans l'air vient perturber les sens, dévoile la présence d'un quelque chose d'invisible. Pas le temps de réfléchir ni de décider, de retrouver ce luxe qu'est la prise d'initiative, ils le font à leur place. Les soldats s'emparent des lieux, continuent leur avancée, mais eux sont soustraits à cette frénésie, évacués vers l'extérieur. Il n'y a pas de résistance, pas de protestations. Ils ont deviné ce qui est en train de se passer. Au bout, c'est la promesse d'une liberté retrouvée. C'est terminé, qu'ils disent. Ils vont s'occuper d'eux et promettent de tout faire pour retrouver leurs familles, qu'ils disent. Mais, quelle famille ? Il ne réagit pas, se contente de suivre en silence, d'observer ces inconnus qui pour certains parlent cette langue qu'il ne semblait plus devoir entendre. La seule chose qu'il leur dira ce soir là quand ils leur ôteront leurs muselières, c'est l'expression rationnelle du besoin le plus immédiat. J'ai faim. Qu'il leur a dit. Ça et la tentative d'aspirer la vie d'un de ses camarades dans la fourgonnette de la Congrégation. Parce que c'est comme ça que ça marche, comme ça qu'il survit.

   Janvier 2009 - Lavurya
une gerbe de chaos et de feu
Au final, peut-être était-ce de ça dont il avait besoin. D'une pression permanente pour servir de catalyseur, pour canaliser la fougue électrique qui n'aurait autrement pas trouvé de moyen pour se décharger. Un quelque chose qui le contraint, comme un besoin vital, jusque dans ces retranchements où la violence de pulsions inexprimées pourrait enfin se convertir en un quelque chose de plus positif. Besoin d'être poussé à bout, de concentrer cette nervosité en une hargne résolue, en une force tout aussi puissante mais libératrice. Physiquement et psychologiquement. Forger la forme d'un quelque chose de nouveau dans cette désintoxication de l'âme, se réfugier dans un acharnement sans faille pour purifier ses affects intérieurs. Prendre la formation militaire de la Congrégation à bras le corps, donner tout ce qu'il pouvait pour sortir de cet immobilisme étouffant dans lequel il avait toujours été, muer en un quelque chose de neuf, de plus vivant, de plus adulte. Y tracer un chemin sauvage, comme les rayures rouges d'une lame en fusion. Confronter son insolence à la discipline martiale, aux entraînements, à ces choses qu'il peut enfin apprendre et qui seront autrement plus utiles que les interminables heures passées sur une chaise devant un tableau. Devoir faire face à ces relents d'orgueil qu'il porte en lui, se remettre en question, apprendre à tirer les autres en avant avec lui et former ces liens d'amitié qui naissent instinctivement quand on partage ensemble tous les obstacles possibles et imaginables. Laisser s'exprimer cette ardeur qu'il recèle en lui, jusqu'à l'épuisement, jusqu'à découvrir ses limites et les franchir.

Le teint moqueur d'une ironie malicieuse, d'un inattendu surprenant. Lui même aurait-il deviné qu'il trouverait une certaine forme d'accomplissement dans l'expression de ce qu'il avait toujours tenté de refouler ? Si toujours au loin s'esquivaient les mystères des arcanes et si la médiocrité magique était son lot, une fois apprivoisée l'impulsivité farouche qui coulait dans ses veines il était difficile de lui nier un certain talent pour le combat rapproché et un esprit tactique intéressant. Et ça, il le comprit très vite. S'il ne pouvait compter offensivement sur la magie, la technologie ferait un bon palliatif. Vanerzame avait beau être dans une ignorance presque totale des autres mondes, s'il y avait une chose dans laquelle les humains de la Terre excellaient, c'était bien dans la production de façons toutes aussi diverses que variées d'instruments servant à tuer. La technologie au service de la mort, c'était là une effrayante perspective mais on ne combattait pas le mal sans le mal. Ainsi apprit-il les secrets des armes à feu et des explosifs. Parce qu'il était un peu comme ça, Sieghart, une gerbe de chaos et de feu : parfois flamboyant, parfois scandaleux.



   Août 2016 - Newark, New Jersey
Un long fleuve tranquille
Le froissement subtil d'une respiration bruisse comme un murmure étouffé. Les ombres, sur la place, ont étendu leur manteau et chaque forme, chaque silhouette, semble piégée dans un contraste fait de pâles et de ténèbres, de gouffres et d'ivoires. Au centre se devinent, insondables et immobiles, les courbes d'un corps assis là, sur lequel on a jeté le voile fragile d'un vacarme égorgé. Tombent, au travers des fenêtres, des rayons d'argent semblables à des éclats. Et sur la peau et sur la chair, incertains, les muscles se parent du blême des mausolées. Mais nul cadavre pour siéger, seul l'écho d'une présence absente résonne entre les murs. Fixé dans le vide, le regard ne voit pas l'horizon des instants présents, perdu dans la contemplation des souvenirs. L'amertume est un long fleuve tranquille, charriant dans ses eaux noires les carcasses des choses mortes et des regrets, de ce qui aurait pu être mais qui a été tué. Et parfois, entre deux flots placides, resurgit un corps froid et sans vie, portant le visage de lamentations qui viennent s'échouer en sinistres échos. Pourtant, tout autour rien n'a changé. Tout est à sa place, comme avant. Mais dans la gorge émane le souffle tiède d'un quelque chose de saumâtre, de fade et de sans saveur, qui parasite, pollue, étouffe. Qui enserre la poitrine de sa poigne cruelle et s'accroche, là, pour ne plus jamais sembler vouloir se défaire. Et la volonté s'effrite, jour après jour, semaine après semaine, sans répit ni repos, comme l'inéluctable d'une érosion qui balaie avec certitude le futile et le détail, file droit à l'essentiel et dévore, vorace, l'essence même de ce qu'on s'imaginait immuable.

C'est comme une cicatrice dans la poitrine, une faille béante qui irradie, sans cesse, les flammes silencieuses et invisibles d'un brasier qui consume l'âme plus que la chair. Une douleur qui pulse, omniprésente, d'un quelque chose de strident et de pointu, de mesquin et de profond, qui s'insinue jusque dans les os, jusque dans les nerfs. Le rappel permanent de ce qui n'existe plus et transforme le corps en une épave à la dérive, un abîme qui se coule lui-même. C'est un cancer, une solitude insupportable. L'ivresse de divagations solitaires qui rongent la plus élémentaire des raisons de vivre. Où es-t-tu ? C'est maintenant, plus que jamais, qu'il avait besoin de combler ce vide sous-jacent qui était né en lui, qu'il avait réussi à étouffer et qui, aujourd'hui, faisait de nouveau surface, plus acéré que jamais. L'idée en était devenue une obsession, un salut qui, coûte que coûte, le faisait se raccrocher à cet espoir, à ce dernier recours. Pouvait-il, dans la détresse, trouver la lumière quand celle-ci s'était voilée des atours diaphanes d'un suaire ?

Devant lui, peint à même le sol, le rugueux du tracé d'un cercle approximatif et fragile. Il y pénètre, une angoisse lourde dans le cœur. Malgré l'apparente facilité de la chose le doute, terrible, s'insinue en lui comme un poison entre les pensées. Si des adolescent de quatorze ans étaient capables de le faire, pourquoi lui devrait-il échouer ? Il ne savait pas comment tout ceci finirait, mais tout ce qu'il savait, tout ce qui le faisait vivre en cet instant, c'était la perspective d'un compagnon, la promesse douloureuse de ne plus être seul. Projetant les vrilles de son esprit dans le cercle de pouvoir, celui-ci se mit à luire, faiblement, tandis qu'il essayait de se concentrer. Il fallait qu'il réussisse, à n'importe quel prix, fut-ce pour se retrouver avec l'ironie d'une tortue parlante ou d'un lapin mutant. Il plongea dans les tréfonds des souvenirs, écartant sans ménagement tout le superflu. Il savait très bien quoi chercher, tout était là à portée de pensée. Il y en avait plein des souvenirs heureux, maintenant, mais c'était ceux-là même qui étaient la source de sa souffrance. Leur disparition était ce qui creusait en son sein ce tombeau d'apathie et de rancœur. Il essaie, au centre du cercle. Une fois, deux fois, trois fois... Tâchés de ce mal qui le rongeait, ses souvenirs étaient comme collants et poisseux, et s'y plonger pour y retrouver ce qu'ils avaient allumé en lui était soudain devenu impossible. Quoiqu'il fasse, ils avaient ce relent d'amertume, ce sentiment de culpabilité et le sel piquant du chagrin. La vérité, majestueuse et terrible, s'impose en silence à lui : il est celui qui les a créés, mais également celui qui les a détruit. Comment, alors, estimer pouvoir en tirer l'essence des motifs complexes d'une conscience étrangère. Malgré tous ses efforts, malgré cette rage viscérale d'arracher à ses entrailles la silhouette d'un être vivant, il n'y avait plus rien d'autre qu'un bonheur tâché de sang.

Alors, c'était ainsi. Fallait-il qu'il abandonne, condamné pour toujours à cet éloignement de l'âme ? Mais n'avait-il pas été prétentieux et arrogant, de s'imaginer pouvoir invoquer des ténèbres l'aube d'une aurore nouvelle ? Il ne voulait plus se battre. Il ne pouvait plus se battre. Seul, contre lui même, à se faire violence pour composer les traits d'une effrayante normalité. Le plus grand combat est celui qui nous oppose à nous même et, en cette nuit, il venait de perdre. L'esprit épuisé, le corps gisant à terre, il lâchait prise, laissant son esprit partir vers un ailleurs sans logique ni raison, un lieu de félicité où sa vie n'était pas la sienne et où rien n'avait d'importance. Vers ce royaume mental que composaient les rêves, là où il pourrait, encore et encore, revivre à foison ces choses qu'il avait aimées, loin des considérations matérielles, loin des affres de la chair. S'enfermer dans le défilement successif et non linéaire de scènes déformées par la mémoire et mises en action par son subconscient. Mais ce n'est rien d'autre qu'une catharsis cruelle, un mensonge par l'illusion. C'est ce qui fut, non plus ce qui est. Et si c'est le cœur enfin libéré qu'il parcourt le monde du rêve, ça ne sera que pour mieux s'écraser à la fin de celui-ci. Mais sur le visage assoupi se dessine, passager et imperceptible, l'ombre esquissée d'un sourire inconscient. Et, dans l'opaque des ombres striées de blanc, se forme peu à peu l'allure d'un quelque chose de monstrueux. Le reflet de la lumière mise en mouvement du second cercle qui, doucement, accouche du rêve d'un être vivant.

   Mai 2015 - Lavurya
Des yeux obscurs et insondables
Dans le jardin, la chaleur des premiers rayons d'été réchauffait doucement l’atmosphère en une agréable senteur estivale. Le bruissement des feuilles dans les arbres, mêlé au pépiement joyeux de petits oiseaux en pleine activité, dégageait une ambiance apaisante et propice à la contemplation extérieure. Sur la table en bois de la terrasse étaient disposés plusieurs tas de feuilles et autres dossiers quelconques ainsi qu'un ensemble d'objets pour le moins hétéroclite. Plongé dans la lecture d'un rapport qui en faisait la description et détaillait avec minutie la façon dont ils avaient été saisis, Sieghart parcourait rapidement les informations annotées d'un air absent pour cette corvée administrative dont il avait écopée. Il y avait là plusieurs objets de contrebande archéologique, probablement originaires du pillage du même site, dont les considérations historiques et culturelles le dépassaient largement.

Mêlés aux fragments de fresques décolorées et autres roches en apparence aussi banales que des cailloux, des crayons de couleurs parsemaient toute cette pagaille comme pour égayer la chose. Fredonnant machinalement un air improvisé, balançant tranquillement les pieds sous la chaise en un va et vient enthousiaste, des petites mains étaient appliquées à reproduire les curiosités étalées devant elles en un mélange à mi-chemin entre l'abstrait et le pop art.

_ Hé champion ! »

Les jambes cessèrent un moment de s'agiter, l'attention détournée, relevant la tête dans la direction de celle qui l'appelait avec une expression interrogatrice.

_ Non pas toi mon chéri, l'autre. »

Sieghart leva les yeux des lignes qu'il parcourait en observant le visage de celle qui se tenait en face de lui, assise sur la banquette un livre à la main. Il tenta d'y décrypter un indice mais il était évident qu'il n'avait rien écouté du tout.

_ Hein ? »

Elle lèva les yeux au ciel d'un air à demi malicieux, à demi amusé. Le tout était teinté de cette légère provocation à laquelle elle aimait tant le confronter.

_ Tu n'avais pas dit que tu emmènerais le petit au parc ? »

Un instant de flottement, pour resituer la chose, avant de regarder sa montre pour s'apercevoir que le temps passait toujours plus vite que ce à quoi on s'attendait. Surpris comme en flagrant délit, il regarda la pagaille étalée sur la table avant de se rendre à l'évidence : ce n'était pas aujourd'hui qu'il finirait.

_ C'est vrai. On y va le monstre ? »

La perspective de sortie se répercuta dans les yeux de l'enfant de quatre ans avec un enthousiasme aux allures d'arc-en-ciel et fut suivie d'une exclamation d'excitation. Cet âge s'amusait d'un rien et donnait toujours à Sieghart l'impression de passer pour un héros même avec les plus ordinaires des choses.

_ Hé range un peu tes affaires avant. »

Chacun son bordel après tout, les crayons de couleur d'un côté et les dossiers barbants de l'autre. Il ordonna lui-même un peu ses affaires pour y mettre un semblant d'ordre et rester cohérent dans l'exemple qu'il donnait avant de remarquer la feuille que lui tendait la progéniture du diable.

_ Oh c'est pour moi ? »

Acquiesçant vivement pendant que Sieghart prenait le dessin, il attendait sa réaction avec une fierté toute propre à la maîtrise des coloriages.

_ C'est pour t'aider dans ton travail. Il y a les cailloux, les fourchettes et les pièces. Et là c'est toi qui donne à manger à Ben. »

N'importe quel expert dans la chose aurait probablement une attaque en entendant quelqu'un qualifier de « cailloux », « fourchettes » et autre « pièces » les objets posés là mais c'était, aux yeux de l'incube, une considération qui lui passait bien au-dessus de la tête. Il embrassa le garçon sur le front pour le remercier.

_ Merci mon chéri, ce sont les plus belles fourchettes qu'on m'ait jamais offertes. »

Si les traits étaient un peu maladroits, force était de constater qu'il possédait un talent certain pour le dessin, même à son âge. A vrai dire, l'incube se disait avec effarement qu'à quatre ans son fils dessinait déjà bien mieux que ce que lui-même était ou ne serait jamais capable de produire. Entre deux fourchettes et autres cailloux, il avait dessiné une figure humanoïde qui s'occupait de donner des patatoïdes qui devaient, mais ce n'était qu'une conjecture hasardeuse de sa part, être des pommes à un monstre. Celui-ci était en réalité la reproduction plus ou moins fantasmée de Ben, la sculpture-souvenir hideuse qui servait de décoration sur la table basse du salon et dont il ne pouvait se débarrasser sans s'attirer les foudres féminines divines d'une certaine personne. Leur fils avait décidé qu'il s’appellerait comme ça et qu'il serait son meilleur ami du moment. Sur le dessin, c'était un monstre avec des yeux obscurs et insondables, une grande face ronde et des griffes, le tout entouré de cœurs. Il le rangea avec les autres affaires dans ses dossiers.

_ Va chercher ton manteau et tes chaussures, on y va. »

   Novembre 2015 - Lavurya
L'éclat occulte d'un quelque chose d'indésiré
Ce qu'il y a de plus dur, en réalité, c'est d'avancer à découvert à la vue de tous. Comme si, à marcher sous le jour, la lumière pouvait percer les choses de l'intérieur et ne plus illuminer que ça. Chaque personne, chaque regard semble porter l'éclat occulte d'un quelque chose d'indésiré. Un reproche, un regret, une compassion. Ils sont autant de brûlures éphémères, posées là sur la peau, auxquelles on aimerait se soustraire. Dresser un mur aveugle entre le monde et cette figure qui n'est plus tout à fait la nôtre et qui pourtant reste collée à notre visage comme le poisseux d'un quelque chose dont on ne peut plus se défaire. C'est comme si tout était tombé et qu'il suffisait de vous regarder pour voir en vous tout ce qu'il y avait de plus vulnérable et que vous tentiez de protéger en le dissimulant. En son sein, la tristesse, la douleur, le vide sourd et terrible qui résonne désormais. Il n'avait pas voulu venir. Pas voulu assister à ça. Pas voulu voir tous les autres visages rassemblés là pour la même raison. Pas voulu les écouter. C'est sa tutrice qui l'y avait poussé, il s'était laissé faire. C'était cette dernière qui, derrière lui, le menait dans un fauteuil roulant, ses blessures ne lui permettant pas encore de marcher correctement.

Mais, surtout, il savait qu'il ne pourrait plus jamais soutenir son regard à elle. Le seul dont il aurait aimé essuyer les larmes mais qu'il lui semblait avoir perdu toute légitimité pour ça. On aurait beau lui répéter que ce n'était pas le cas, il subsistait pourtant toujours dans le creux de sa poitrine le caillot sanglant d'un quelque chose de coupable qui irradiait si fort qu'il en occultait tout le reste. Si mourir en protégeant ce qu'on aimait était une sorte d'accomplissement, échouer et y survivre, quel plus grand échec y avait-il que ça ? Quelle plus grande honte ? Tout ne semblait plus que des alternances d'états détachés et de périodes de lucidité douloureuse et profondément solitaire. Il refusait de l'assimiler, mais plus rien ne serait comme avant désormais. Plus rien n'aurait la même saveur. Il aurait préféré crever à sa place, faire tout et n'importe quoi, même ne plus jamais devoir le revoir était une peine qui semblait bien légère si seulement il était resté en vie. Il ne comprenait pas, il n'arrivait pas à comprendre. Pourquoi ça ? Pourquoi comme ça ? Par deux fois il avait eu une famille et par deux fois il avait dû lui survivre. Quelque part, quelque chose en lui venait de se casser. C'était comme si tous les espoirs qu'on avait pu lui donner pour l'aider à reconstruire quelque chose, à retrouver une motivation, à retrouver un intérêt, comme si tous ces espoirs et le fruit de ce travail venait d'être réduits à néant. Il n'y avait plus rien, désormais, et envisager un avenir lui faisait le même effet que de faire face à un horizon opaque et sans vie. Alors c'est sans un mot qu'il assiste avec sa femme, impuissants, à l'enterrement de leur fils.

   Mai 2016 - Vanerzame
Fait de mystères et de tentations
Il y a quelque chose qui n'allait pas. Quelque chose qui n'allait plus. Le glissement subtil d'une sensation qui vous échappe, qui s'écoule et s'étale sans vous laisser vous en rendre compte. Le froissement sinueux et fébrile de l'esprit qui s’égare, emprunte les chemins vierges de toutes traces comme on plonge dans l'inconnu d'un brouillard fait de mystères et de tentations. L'éclat tumultueux d'un bouillonnement dans le fond de l’œil, l'espace de chaos et de feu que peu à peu on explore. Le flou qui s'empare et trouble, partout à la fois, les choses et les choix, enveloppe la raison lucide et gomme, tranquillement, les marques et les repères. Il est facile de rebrousser chemin, il suffit de faire un pas en arrière pour retrouver le précédent. Un deuxième pour reculer encore, puis un troisième et ainsi de suite. Mais passé les mille, les traces sont-elles encore là ? D'ailleurs, il ne savait plus très bien, combien de fois avait-il fait ça ? Dans ce sens, avançait-il ou plutôt l'inverse ?

La moitié gauche de la figure du gars est écrasée contre le bitume, ses traits affichant le faciès furieux de quelqu'un qui vient de se manger un talon dans le ventre et sur la gueule et qui a maintenant le bras tordu douloureusement. Sieghart le sent à plein nez, le parfum capiteux de la haine. Il fait pression encore un peu plus sur le bras de son interlocuteur, prenant appui dans son dos avec son genou, en sachant pertinemment qu'il le dirigeait vers le point critique de cassure. La mâchoire serrée avec beaucoup trop de force, il lui siffle à l'oreille d'une velléité un peu trop empressée.

_ Réponds-moi. »

Il y a quelque chose qui ne va pas. Quelque chose qui ne va plus. Le glissement subtil d'un comportement qui vous échappe, qui jaillit au-delà de ce qu'il faudrait. L'esprit qui s'insurge de moins en moins, efface les choses autour pour ne plus laisser que le centre, obsessionnellement vierge et inaccessible. Un laisser-aller qui dérive de plus en plus, ne considère plus les limites et ce qu'elles séparent. Il n'y a plus que ce but qui compte, cet objectif libérateur qui, une fois accompli, doit apporter bien plus que la paix : une réponse.

_ J'en sais rien putain ! »

La colère qui se répand encore un peu plus dans le sang et les chairs, adrénaline dangereuse qui s'agite en va-et vient impétueux. Est-ce qu'il ment ? L'incertitude dans le geste, l'hésitation dans le cœur. C'est le quatrième ce mois-ci. Le quatrième putain d'enfoiré qui lui répond qu'il ne sait pas. Personne n'a jamais rien entendu, personne ne sait jamais rien. Est-ce qu'il se fout de sa gueule ? La poigne crispée sur leur prise, les ongles laissent à deviner la forme d'un quelque chose de plus tranchant qui perce inconsciemment sous la chair. Un quelque chose de bien plus dangereux. Le cœur battant la chamade, l'angoisse de ne rien trouver le saisit plus fortement encore. Il ne sait plus ce qu'il venait chercher ici. Un mince espoir, peut-être. À vrai dire, il ne sait pas si ce qu'il cherche existe. Il commence à en douter. Il doit bien, pourtant, y avoir une réponse quelque part. Il y a bien un putain de fils de pute qui a fait ça, alors d'où vient-il qu'il ne parvienne pas à le trouver ? Fouiller l'océan des misères en vain le fait enrager, mais il se refuse à abandonner, à laisser tomber dans l'oubli cette finalité sans laquelle il ne serait plus rien d'autre qu'une carcasse sans motivation ni énergie, inutile et désœuvrée.

C'est pour ça qu'il a quitté la Congrégation. Pour ça qu'il a démissionné et qu'il s'est barré. Il ne pouvait plus supporter les visages de ceux qui le regardaient, ces jours interminables passant les uns après les autres, dépourvus de toute substance ou saveur. Il ne pouvait plus supporter le poids de ces gens qui attendaient, observaient, voulaient savoir s'il allait mieux. Est-ce qu'il avait l'air d'aller putain de mieux ? Il ne pouvait simplement pas reprendre le boulot comme avant, pas comme ça, pas après s'être séparé de sa femme, pas sans réussir à passer outre cette perte. Mais ce deuil était quelque chose qu'il refusait de toute son âme. C'était plus fort que lui, c'était viscéral. Il le sentait sous sa peau, dans ses muscles, dans ses os. Tout en lui criait la révolte enragée et la destruction, et couvait en son sein la force phénoménale d'une essence aveugle faite de chaos et de flammes, dont les mouvements erratiques lui échappaient désormais.

Dans un grognement impuissant à résoudre ce conflit, il finit par, de rage, briser l'os du bras, laissant son interlocuteur échapper un cri de douleur avant de se relever et de quitter les lieux. Quelque part, il savait qu'il avait fait une connerie. Il se sentait sale, comme souillé, mais la transgression contenue dans cet acte apportait une forme de satisfaction malsaine dont il essayait de se défaire mais qui, néanmoins, procurait un certain défoulement. Dans un sens, ça n'en rendait les choses que pires et accroissait cette incertitude qui se nourrissait en lui.

S'arrêtant une ou deux rues plus loin, dos au mur, tête contre celui-ci, il ferma les yeux pour évacuer dans une profonde respiration la tension accumulée, la fébrilité et toutes ces choses qui semblaient être devenues plus difficiles à gérer depuis. Se laissant aller quelques secondes, il essayait de refouler la masse informe et contradictoire d'émotions qui se faisaient rage à l'intérieur. Soudain, un bruit plus proche et étrange que les autres le fit rouvrir les yeux. Il eut à peine le temps de le voir mais dans l'obscurité des ombres se tenait la silhouette enragée du type qu'il venait de blesser. Son bras pendait sur le côté et sur son visage était dépeinte l'hideuse laideur de la haine. Surpris, Sieghart ne réagit pas assez vite à l'attaque et ce qu'il pensait être un coup de poing s'avéra bien plus vicieux que ça lorsqu'il sentit la douleur brûlante d'une lame d'acier lui rentrer dans le flanc à hauteur de poumon.

_ Put... »

_ J'vais t'crever bâtard. »

Il sent la morsure cruelle de l'acier qui perfore le corps. La douleur éclot en une suite d'explosions dans son flanc et dans l'épaule. Le fix de violence éclate dans les synapse comme la came dans le cerveau d'un drogué en manque et l'adrénaline relègue la brûlure des chairs juste ce qu'il faut de temps pour survivre. Il vise le bras déjà cassé de son ennemi. Il le frappe, une, deux, trois fois. Il sent le liquide chaud couler le long de son corps sous ses vêtements, l'humide ferreux imbiber la chair et l'atmosphère. Ses mains sont rouges comme les rasoirs qui découpent la chair, il a du mal à respirer. Il ne réfléchit pas, il réagit. Laissant un estropié gémissant dans la ruelle, il quitte péniblement les lieux. Sans s'arrêter cette fois-ci. Faisant pression sur les plaies, tout le côté gauche de son thorax et de sa hanche est rouge sombre. Dans sa bouche, le goût amer de la vie qui s'enfuit. Il tousse, il crache, semant ça et là des traces écarlates. Sa respiration se fait de plus en plus rapide, de plus en plus difficile, comme si l'air autour de lui ne contenait plus assez d'oxygène.

_ Merde... »

Il passe dans un parc, écrin d'obscur et de verdure, où il s'affaisse contre un arbre pour soulager la douleur. Un spasme le parcourt tandis que son corps essaie de rendre le liquide qui peu à peu emplit ses poumons. Il le sait très bien, ce qu'il va se passer maintenant. Il va s'asphyxier dans son propre sang et mourir d'une façon très peu désirable. Le lendemain on titrera dans la presse locale « Un touriste découpé au couteau en plein centre ville » et il deviendra une rumeur sur les lèvres des commères qui finira par s'éteindre dans l'anonymat le plus complet. Il tousse violemment et essuie le sang qui perle à la commissure des lèvres. Bizarrement, il se sent calme, presque bien. Levant les yeux au ciel, il aperçoit le scintillement distant des étoiles. Aucune angoisse, aucune crainte. Il ne laisse rien derrière lui. La tête lui tourne, la vision se trouble. Il sent son sang s'épandre sous lui et venir imprégner la terre, sacrifice vital inattendu. Il a de plus en plus mal dans les poumons et dans les membres, à mesure que la faiblesse le gagne. Monde de merde. Il ferme les yeux, sa poitrine le brûle. C'est une fin bien peu glorieuse pour un type qui a été missionnaire. Alors que tout devient noir, au-dessus ne brille plus que les éclats parcellaires du firmament.

Tant pis.

   Avril 2017 - Hong Kong
Sentinelle d'ivoire
Plongée dans une semi obscurité, la ruelle n'est éclairée que par les lueurs artificielles d'une multitude de néons rouge et bleu en provenance de la rue. Dans l'ambiance surréaliste de ce contraste, la porte métallique claque et laisse sortir la silhouette d'un homme qui en a fini pour ce soir avec les passions de violence et de guerre. Il frissonne. L'air nocturne est frais en comparaison avec la chaleur étouffante des sous-sols. Il prend quelques secondes pour terminer de compter un par un les billets de la liasse qu'il tient dans sa main avant de ranger le tout dans l'intérieur de son blouson de cuir. Regardant à droite puis à gauche, il renifle et finit par s'éloigner en empruntant les rues les plus bondées de la ville, là où tout reste éclairé comme en plein jour.

« Un jour, cela finira par te tuer »

Ce n'était pas un reproche. Simplement le genre de constatation triste que pouvait faire une personne qui tenait à vous mais qui, au fond, savait qu'elle ne pouvait vous empêcher d'être vous-même. Sentant sa présence chaleureuse là quelque part dans le cœur, il voulait balayer la remarque avec l'indifférence habituelle mais il savait qu'il ne pouvait plus nier cette réalité. Pour la simple et bonne raison que c'était déjà arrivé.

« J'ai vaincu la mort une fois, elle ne me fait plus peur »

C'était, en un sens, terrifiant, la perte de ce repère fondamental, de cette peur primale qui alimentait l'instinct de survie devant ce qui apparaissait inéluctable. Chez Sieghart, cet instinct s'était fissuré, et l'absence de considération pour son intégrité faisait parfois froid dans le dos. Sans pourtant aucune certitude quant à ce qu'il s'était passé cette nuit là ni si cela se reproduirait. Il sent la présence de son familier se rapprocher. Elle est là, quelque part, planant dans la cacophonie de la nuit comme l'ombre du silence.

« Toi peut-être, mais moi non. »

La remarque lui transperce le cœur comme le rappel subtil mais cruel qu'ils sont liés, pour le meilleur et pour le pire, et que de sa vie en dépend une autre. C'est comme une épée de Damoclès, mais quelque part, c'est au moins un lien qui le rattache à la vie. Oui, il tient à ce lien, et c'est peut-être ce qui l'a sauvé.

Au détour d'une rue, instinctivement, il lève les yeux et il l'aperçoit. Elle, perchée entre deux structures métalliques comme une sentinelle d'ivoire au plumage immaculé. Elle est semblable à ces monstres sculptés dans la pierre, taillés là pour devenir les gardiens immortels des sanctuaires et des temples. Son port altier présentait une face ronde et céleste, faite de mystères et d'énigmes. Jamais on ne pouvait deviner ce qui se cachait dans ses intentions, figure de marbre ornées d'une paires d'onyx en guise de regard. C'était un monstre, doué du pouvoir de sonder les âmes. Un monstre avec des yeux obscurs et insondables.

Il la regarde, ne sachant quoi répondre. Il finit par détourner les yeux et reprendre sa marche.

« Il fait froid. Rentrons, Ben. »





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Red

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Sieghart V. Eskelion > Stellar Stag Embodiment

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Pourquoi avoir choisi Kalerya ?
Que ce soit le contexte ou le design ou les possibilités de perso, le travail effectué est vraiment classe et intéressant.

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Dernière édition par Sieghart V. Eskelion le Dim 4 Juin - 1:25, édité 14 fois
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Sam 8 Avr - 18:13
Bienvenue ! :poulpe:
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Sam 8 Avr - 18:23
Merci Eydan :nomad:
✜ Exotech ✜▼
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Sam 8 Avr - 19:34
Bienvenue chez les fous ~ Si tu as des questions le staff est là pour y répondre !


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Sam 8 Avr - 22:57
Bienvenue parmi nous :DD

Si tu as un soucis n'hésites pas !
Bon courage pour ta fiche :love:
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Dim 9 Avr - 6:46
Bienvenue à toi !

J'espère que tu te plairas à Kalerya :D
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Dim 9 Avr - 17:01
Merci pour votre accueil et Siriel je n'y manquerais pas si j'ai besoin ;)
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Jeu 13 Avr - 5:27
Bonsoir et bienvenue chez nous ! ♥️
Bon courage pour ta présentation :love:
J'aime le style du personnage
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Jeu 13 Avr - 19:33
Merci Ryuu :♥:
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